01-11-04
une robe longue,...suite
début de cette histoire le 30/10/2004
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Géraldine ne cesse de tourner et retourner des images dans sa tête…Elle est arrivée depuis un peu plus d'une heure. Son voyage a été très agréable et rien, vraiment, ne pouvait avoir été la cause du moindre tracas : tout était parfaitement organisé depuis le départ de son domicile jusqu'à son installation dans cette magnifique chambre d'hôtel. Tout ce luxe l'impressionne : ce n'est certes pas familier pour elle, qui n'a jamais eu l'occasion de s'offrir ce genre d'hôtel au cours de ses voyages. D'ailleurs, pour occuper ses temps libres, elle est du genre camping improvisé, refuges de montagne ou petits coins de campagne, plutôt qu'hôtels trois ou quatre étoiles dans des villes de grande renommée touristique. Elle a toujours eu cette fâcheuse habitude de vouloir à tout prix fuir les lieux mondains ou trop fréquentés…par conséquent elle sait que ce qui l'attend relève de la prouesse pour elle, presque du défi !
Gagner à un concours de nouvelles, voilà un événement qui l'a parfaitement prise au dépourvu !
Elle avait déposé son humble recueil de papier au cinéma qu'elle fréquente d'ordinaire, et sans aucune prétention, était satisfaite d'être allée jusqu'au bout d'un exercice…Géraldine aime le défi de la page blanche. Vient ensuite le bonheur de traduire des pensées et des émotions, de faire renaître des souvenirs ou vivre des chimères, voire de manifester des opinions ou des colères au travers des mots qui défilent et s'inscrivent au gré de ses humeurs, de ses états d'âme, de sa fantaisie, sur le papier ou sur l'écran. Elle aime tout autant noircir des pages à l'aide d'un stylo que s'asseoir devant son ordinateur pour se laisser aller aux confidences. Cela aussi est affaire de circonstances, d'humeur…Pour Géraldine, écrire n'est rien d'autre que partager, se confier, se donner aux autres, se dévoiler un peu …Elle est bien loin d'imaginer la chose autrement que sous la forme d'un plaisir, de dispositions personnelles, tout comme d'autres sont des amateurs doués pour le dessin ou le sport, quand ce n'est pas pour la musique ou l'art culinaire. Cette femme, sans ambition particulière, convaincue cependant d'avoir vu juste, souvent, dans ses engagements personnels, qu'ils soient familiaux, professionnels ou politiques, n'a jamais montré d'autre appétit que celui de se rendre utile à ses congénères. Ce n'est pas ce qu'on appelle une femme-leader, même si parfois les circonstances l'ont conduite à se placer au devant de la scène. Elle est bien consciente que ce rôle là ne lui sied pas vraiment et que c'est par nécessité qu'il lui aura fallu, parfois, jouer les premiers rôles dans sa vie. Elle a pourtant une vraie âme militante. Citoyenne du monde, elle saisit chaque occasion d'exposer sa vision géopolitique de la planète et réagit vivement, parfois, sur les blogs qu'elle a lancés sur l'immense toile, aux événements mondiaux ; toutefois cela ne lui fait pas oublier que tout ce qu'elle dit ou fait n'est qu'un grain de sable dans le désert, une goutte d'eau dans l'immensité des océans…Elle se compare toujours à la fourmi que l'on pourrait piétiner sans la voir, et dont la disparition ne donnerait pas même un frisson aux brins d'herbe qui la couvraient. Peut-on dire que c'est là la définition de l'humilité ? En tous cas, c'est la sienne.
Est-ce là l'influence de son admiration pour Alexandra David-Néel, dont l'ouvrage intitulé «La lampe de sagesse» est pour elle une sorte de guide ? Est-ce sa lecture de textes religieux, sans distinction aucune, qui lui a enseigné le détachement, et lui a appris à relativiser tous les événements ? Certains, observant son effacement, se contentent de penser que c'est une grande timide qui se cache derrière une belle force de caractère, ce qui lui permet de franchir les obstacles sur sa route, et supporter les déconvenues, les échecs, les épreuves.
La voici donc, Géraldine, devant une expérience à venir plutôt agréable : recevoir le prix de la meilleure nouvelle à l'issue du concours : « lire en fête au cinéma » ! Et notre chère dame est en proie à la panique ou presque !
Géraldine range fébrilement ses quelques vêtements dans la penderie et regarde avec un peu d'émotion cette robe noire, longue, qu'elle va devoir porter dans quelques heures pour la cérémonie de remise des prix. Elle se dit que ce «costume de scène» fait partie de l'histoire, celle qui se raconte dans sa tête depuis qu'elle a lu, par hasard, dans un journal régional, le nom des gagnants du concours de court-métrage organisé cette même année ! Quelle ne fut pas sa surprise d'y lire le nom de Fabrice R. et de Jérôme P., originaires de Bretagne, et qui seront sûrement présents à Cannes en même temps qu'elle.
Fabrice est l'homme qui lui avait écrit très régulièrement, pendant presque trois mois, et c'est grâce à lui si ses connaissances en matière cinématographique se sont nettement améliorées. Il lui avait fait part de sa passion pour le cinéma dès les premiers messages. Elle ne lui avait pas caché, alors, son inculture dans ce domaine et lui avait déclaré préférer un bon livre à n'importe quel film, si beau soit-il, lui faisant l'éloge de la littérature ! Une telle provocation ne pouvait qu'attiser le désir, de la part d'un passionné, de l'initier et de la faire changer d'avis. Ainsi, le fil conducteur de leurs échanges était-il tout trouvé. Elle s'amusait à lui écrire des scènes dont ils étaient tous deux les acteurs principaux, donnant quelques indications de mouvements de caméras, jouant avec les mots et le travelling, les confidences et les zooms, les phrases osées et les plans rapprochés…Géraldine jouait délibérément avec les émotions et les sens de son partenaire virtuel, elle se faisait plaisir en même temps, et cela ne faisait de mal à personne, après tout !!
Quant à Fabrice, il se laissait tantôt aller à des discours philosophiques, dignes de Platon ou Socrate, tantôt traduisait ses émotions avec des citations de Victor Hugo ou de Jean Jaurès…Bref, la littérature, la philosophie, la politique et le cinéma faisaient bon ménage, sur fond de « clavardage pour s'intimiter » et de jeu de séduction à distance…
Peu à peu, l'amusement avait laissé place aux révélations plus délicates. Géraldine se souvient très bien, subitement, de ce jour où Fabrice fit allusion à ses tournages pour Amnesty International. Elle se rappelle parfaitement les phrases relatant les risques qu'il avait pris alors, lui avouant ensuite les suites malheureuses aux dangers encourus, comme on se libère d'un poids. Peu à peu, l'homme inconnu devenait un intime. Il se libérait du fardeau de certains silences et Géraldine s'attachait un peu plus chaque jour à ses courriers. Les deux internautes devenaient de plus en plus diserts, et Fabrice ne lui cacha pas combien lire les longs messages de son interlocutrice et y répondre avec la même chaleur compliquait parfois son emploi du temps ! Mais il semblait que l'un et l'autre ne pouvaient échapper désormais à ce rituel quasi quotidien. Tout comme il paraissait évident que ni l'un ni l'autre n'avait l'intention de rompre ce charme, en précipitant une rencontre physique, vraie …ils s'étaient seulement autorisés à un échange de photos ! Géraldine sourit encore au souvenir des difficultés qu'elle avait rencontrées, parfois, pour récupérer les pièces jointes aux courriers de Fabrice, à cause de la taille des fichiers, ou de ses erreurs de manipulation, ou sans raison bien définies… de ce fait il lui avait fallu deux ou trois tentatives pour qu'elle puisse enfin lire le synopsis d'un court-métrage en cours de tournage à cette époque. Fabrice l'imagina alors, lunettes sur le nez et nerfs à vif, se bagarrant avec l'ordinateur et lui fit part de son amusement à distance….
02-11-04
une robe longue....suite
début de cette histoire le 30/10/2004
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Brusquement, Géraldine est arrachée à ses rêveries par la sonnerie du téléphone !
Un temps d’hésitation, et le combiné apparaît, posé sur la longue tablette qui fait face au lit, près du téléviseur. Les pensées se bousculent et Géraldine réalise qu’elle n’a encore appelé personne depuis son arrivée, ni donné son numéro de chambre à quiconque. Qui est-ce ?
- Géraldine, tout va bien ?
(C’est la voix rassurante de Muriel, son accompagnatrice, avec qui Géraldine a immédiatement sympathisé. Elle vient lui donner quelques indications sur la suite des événements…)
- Oui, c’est parfait ! Ma chambre est vraiment superbe et la vue magnifique ! Je m’installe tranquillement en essayant de rester calme. Tu sais que je suis « dans mes petits souliers » déjà, et j’appréhende la suite ! Allez, vas-y, raconte-moi ce qui va se passer
- Alors ! On commence par le déjeuner, à midi précisément, dans la petite salle qui fait face au bar. Nous y avons jeté un coup d’œil en arrivant, tu te souviens, à cause du Picasso…Là, au cours du repas, tu feras la connaissance des deux autres lauréats, des membres du jury national que tu ne connais pas encore, et tu retrouveras ceux du jury régional, que tu as déjà rencontrés, je crois. Tu feras aussi la connaissance des personnes qui doivent vous accompagner durant la durée du festival et vous permettre de voir les films, assister aux soirées … enfin, tout ceci vous sera plus clairement expliqué ce midi.
- Dis-moi, pour ce midi, pas de fla-fla, j’espère ?
- Non, rassure-toi, c’est une rencontre purement informelle à laquelle nous tenions afin que vous puissiez, les trois lauréats, faire connaissance et poser toutes les questions qui vous préoccupent avant les festivités…Le repas sera simple et nous devrons évacuer la salle au plus tard à quatorze heures ! Ah ! Je ne dois pas oublier ces détails : souhaites-tu les services du salon de coiffure pour la cérémonie de ce soir et ceux de nos esthéticiennes ? Ils sont à votre entière disposition pour peu que nous organisions les horaires de rendez-vous. Qu’en dis-tu ?
- Ce que j’en dis ? Pas grand-chose ! J’aime bien le naturel, je vais donc me contenter de relever mes cheveux avec un peu plus d’application qu’à l’accoutumée…mais, par contre, un petit soin de visage ne me déplairait pas, si c’est possible !
- Je note, Géraldine, et je te confirme un horaire de rendez-vous ce midi…par ailleurs, j’ai appris que lors de la soirée, aussitôt après notre remise des prix s’enchaîneront la remise du prix du meilleur court-métrage, et des meilleurs acteurs amateurs. Nous sommes invités, les gens de lettres (éclats de rire simultanés !!) à nous joindre aux gens d’images (rires de nouveau, puis silence…)
Géraldine, au cours du trajet Paris-Cannes, avait raconté à Muriel l’étrangeté de la situation et l’intuition qu’elle avait de faire la rencontre de « son Monsieur cinéma » de la toile, ici, au cours de ses déplacements durant la durée du festival. En effet, avait-elle ajouté, ce serait bien le diable si nous ne nous croisions pas au cours d’un cocktail quelconque, tu ne crois pas ?
Muriel sait maintenant que cette dernière information doit assommer un peu Géraldine, qui ne parle plus au bout du fil…nous sommes invités !!! Elle laisse Géraldine reprendre souffle avant de lui poser la question qui vient compléter cette nouvelle…
- Alors, Géraldine, qu’en dis-tu de cela ? Ce n’est pas l’occasion unique de faire connaissance avec ton séducteur, qui s’est évaporé sur le net? Et qui sait, d’avoir une réponse à ton interrogation depuis tout ce temps…allô, allô !!
- Oui, je t’entends, Muriel, et j’ai du mal à réaliser que cette fois-ci, c’est du réel, du concret, et j’ai la trouille tu vois…
- Ne me dis pas que tu vas te dérober et ne pas assister à la soirée jusqu’au bout…une petite coupe de champagne en tête-à-tête dans un coin de salon, ça peut aider à dissiper bien des doutes et éclaircir les mystères en suspens, non ?
- Bien sûr, mais qu’est-ce qui permet de penser que ce tête-à-tête est attendu de façon réciproque ? Ne sera-t-il pas évité au contraire ? Et puis, je cours le risque de me retrouver en face d’une magnifique femme, donnant le bras à « Monsieur cinéma » et avoir ainsi la réponse avant de poser la moindre question…Muriel, je ne vais pas fuir, va ! J’ai trop envie d’en savoir plus long. En tous les cas, je la porterai, cette robe longue, noire !!! (rires de nouveau)
- Parfait, je te laisse maintenant à tes cogitations et te dis à ce midi, nous en reparlerons après la petite réunion, OK ?
- D’accord ! Si ton emploi du temps le permet, nous pourrions aller faire un petit tour ensemble.
- Je pense que c’est envisageable ! A tout de suite.
Géraldine repose le combiné et s’approche du lit. Elle est encore toute retournée ! Elle avait tout envisagé, tout supposé, tout imaginé, tout inventé, créant les scènes, les lieux, les ambiances, les acteurs, pour situer cette hypothétique rencontre. Tout ! Sauf ça ! La plus simple des possibilités : le regroupement des cérémonies à la même date, dans les mêmes locaux, ce qui facilite sans doute la tâche pour la direction de l’hôtel ! Il faut dire que, en dépit de sa taille plus qu’imposante avec ses chambres dont le nombre dépasse les cent-trente, ses salles de réunions, ses services multiples, l’hôtel est en ce moment sous pression, affiche complet, et fourmille de partout. A l’arrivée, Géraldine a eu l’impression d’entrer dans une ville close, une ville dans la ville…
Géraldine s’allonge, repoussant vers le bas le dessus de lit aux couleurs chaudes, rayé de rouge, pour découvrir des draps impeccablement tirés …Elle laisse tomber ses chaussures au sol et pousse un petit soupir de soulagement ; ces chaussures commençaient à comprimer sérieusement ses orteils et elle s’inquiète déjà du « supplice » que va représenter pour elle une soirée en robe longue, chaussée d’escarpins…Mais, il lui faudra être à la hauteur, bien entendu !
à suivre...03-11-04
une robe longue...suite
début de cette histoire le 30/10/2004
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Jérôme finit d’installer tout le matériel qui les accompagne, Fabrice et lui, dans la chambre qu’ils ont tenu à partager. Cette pièce est très spacieuse et une terrasse privative vient la parfaire, ce qui a ravi Fabrice dès son entrée dans les lieux. Le voyage a été assez fatiguant, les routes étant particulièrement encombrées. Ils ont traversé la France sans faire de nombreuses haltes, juste pour les besoins impérieux ! Laissant à son ami le soin des derniers petits rangements, il se repose sous le ciel bleu, goûtant la douceur des rayons de soleil et d’une légère brise. Magnifique mois de mai ! Après une traversée de Cannes plutôt pénible, depuis la sortie de l’autoroute A8 jusqu’à l’Avenue de Madrid, un peu de calme et de repos, en retrait de la croisette, ne sont pas faits pour lui déplaire ! Depuis des mois, maintenant, il apprécie chaque instant de pause comme une grâce dans une vie de plus en plus compliquée pour lui. Il se réjouit chaque jour d’avoir un ami aussi proche que l’est Jérôme, et qu’une telle complicité puisse résister à n’importe quelle tempête.
Pendant qu’il laisse son esprit divaguer, Jérôme répond à l’appel qui vient de leur parvenir, depuis la réception de l’hôtel. Tout est OK pour les demandes particulières qu’ils avaient formulées avant leur départ, comme préalable à leur installation dans cet hôtel. Jérôme va pouvoir rassurer immédiatement son compagnon et lui proposer le sauna qui éventuellement les attend afin de se remettre en forme après le voyage.
Fabrice a eu un flash en arrivant à Cannes, le souvenir soudain d’une des propositions qu’il avait faites à Géraldine, avec qui il correspondait avec bonheur, via le net, jusqu’à son départ pour la Tchétchènie. Il tournait alors, dans les rues de Quimper, les dernières scènes en extérieur d’un court métrage, et après lui avoir envoyé le synopsis pour information, il plaisanta en lui signifiant son intention de voir son film primé à Cannes . C’est ainsi qu’il lui lança l’invitation : « vous m’y accompagnerez, n’est-ce pas ? Vous mettrez une robe longue, noire… »
Leurs échanges commencèrent par un vouvoiement poli, se poursuivirent par un tutoiement plus intime et parfois polisson. Puis vint l’heure des confidences que l’on réserve aux amis sincères, et il ne comprend toujours pas comment il avait pu en arriver là avec une inconnue, en fait ! Il n’a toujours pas la réponse à cette question : comment avait-elle réussi à me charmer à ce point, par quel pouvoir avait-elle réussi là où bien d’autres, avant elle, avait échoué…Seul sur cette terrasse, Fabrice sent soudain une sorte de malaise, sa gorge se noue et son regard se trouble.
Pourquoi a -t-il mis un terme à leurs échanges de cette façon ? Pourquoi n’a-t-il pas eu le courage de lui raconter ce voyage en Tchétchènie, cet épisode court et si violent de sa vie ?…
- Alors, camarade, on bulle au soleil ?
- Exact, je respire, j’en avais vraiment besoin.
- Regarde-moi, Fabrice ! Quelque chose ne va pas !! Tu rumines encore ou bien tu appréhendes la soirée…
- Non, ne t’inquiète pas, je pense que tout ira pour le mieux, mais c’est encore un nuage qui vient de passer, un nuage à l’âme…tu connais le refrain maintenant, non ?
- Si ! ( Jérôme avait accompagné son ami, ces derniers mois, dans une véritable traversée du désert, un film noir, un scénario sordide dont Fabrice émergeait, peu à peu) Dis-moi, un sauna, ça te tente ?
- Ma foi, pourquoi pas ! Soyons fous !
Les deux complices se préparent à quitter leur chambre. Fabrice se met à siffloter, chose que Jérôme n’avait pas entendue depuis une éternité. Ceci ne manque pas de lui faire pousser un « OH ! » énorme de surprise, suivi d’un sifflement d’admiration accompagné d’un « mazette, le temps va changer !!! »
04-11-04
une robe longue ...suite
début de cette histoire le 30/10/2004
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Après le repas, léger en effet et très décontracté, les convives se retrouvent autour d’un café et font plus ample connaissance. Les discussions vont bon train, chacun des écrivains amateurs ayant un bon nombre de questions à poser aux responsables du concours ainsi qu’aux représentants du festival chargés de la coordination de leur séjour, puisque le festival leur est ouvert, comme à des VIP !!!
Géraldine est à la fois anxieuse à l’idée de toutes ces mondanités qui ne sont pas sa tasse de thé, loin de là, et impatiente d’arriver à l’heure cruciale de remise des différents prix, ce soir.
Elle envisage cette soirée comme un instant de vérité, un moment fort pour elle, car, comment expliquer ceci à quiconque ne sait pas exploiter ce don qui nous est donné de sentir les événements, et que si peu d’individus travaillent, elle sait que l’instant sera terrible et magnifique, elle le sent.
Depuis le coup de fil de Muriel ce matin, le moment d’étonnement qui l’a accompagné et de joie aussi à l’idée d’un scénario aussi limpide, puis cette petite sieste qu’elle s’est offerte, Géraldine essaie de centrer toute ses pensées sur les souvenirs des messages reçus de « monsieur cinéma ». C’est le surnom qu’elle avait donné, avec un brin de malice en pensant à un présentateur de télévision, à son interlocuteur. Plus elle y pense, plus elle se dit que tout ce qu’elle avait ressenti pendant l’absence de Fabrice et ce long silence, aussi long que peut l’être une mission en terre étrangère difficilement pénétrable, était certainement juste ! Elle recevait comme des ondes étranges de souffrance et se réveilla même une fois, encore imprégnée du cauchemar des images d’une guerre terrible, et de décombres au milieu desquelles gisait un homme, caméra au poing, blessé, et demandant des secours…
Lorsque Fabrice était rentré en Bretagne, il n’avait pas repris contact immédiatement, et son attitude, ses propos avaient brutalement changé. Cela ne ressemblait pas du tout à l’homme qui lui avait écrit avant son départ : « Tu m’attendras ? Après ce long silence imposé, nous reprendrons nos correspondances, n’est-ce pas ? J’emporte un bisou de toi dans ma valise, et action !… »
Elle n’avait pas bronché lorsqu’il lui avait dit, ensuite, deux semaines après son retour: « ne m’écris plus, ne me demande rien, n’attends plus rien, j’ai rencontré une amie… »
Elle s’était contentée de lui souhaiter bonne chance, persuadée que quelque chose clochait dans l’histoire.
Bien sûr, se disait-elle !! C’est encore ton imagination qui t’a joué un mauvais tour, tu t’es plantée ma belle, tant pis pour toi ! Mais au fond d’elle-même, elle savait, elle sentait que le scénario était bâclé et que l’histoire ne devait pas se terminer ainsi…
Elle est impatiente, soudain, de voir tout ce petit monde qui l’entoure prendre congé afin de se retrouver seule avec Muriel, le temps d’une balade à pieds dans les rues de Cannes, vers le Port Pierre Canto ou le jardin de la roseraie. Elle pourront refaire le monde et l’histoire, s’amusant de leur imagination commune. Muriel est une femme charmante et Géraldine l’apprécie énormément, c’est un cadeau de plus, dans cette aventure.
à suivre...
L’après-midi risque de sembler bien longue, après cette escapade volée à l’emploi du temps de son accompagnatrice, qui court partout et donne le meilleur d’elle-même, elle va donc profiter au maximum de cette promenade pour charger les batteries avant l’heure H.
05-11-04
une robe longue...suite
début de cette histoire le 30/10/2004
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Il est presque vingt et une heures, de nombreuses personnes convergent vers l’entrée de la grande salle de séminaire. Une musique de blues en fond sonore et une ambiance très guindée…voilà le décor de la scène décisive. Géraldine pense si fort à son film à elle que toutes ses angoisses à propos de cette remise de prix sont envolées. Elle jette un coup d’œil sur l’assemblée, se faisant cette réflexion : Que n’ai-je un bon panoramique de cette pièce, j’y verrai peut-être plus aisément où se trouve cette chère Muriel !
Il a été convenu que les auteurs de nouvelles et le staff du concours littéraire se regrouperaient, avant l’entrée dans la grande salle, pour des commodités d’organisation. Ralliez-vous à mon panache…bleu, avait dit Muriel qui avait déjà annoncé la couleur de sa tenue vestimentaire.
Géraldine est de taille moyenne et, malgré les quelques centimètres grignotés grâce aux talons des escarpins, elle est loin d’avoir une représentation claire de la situation…Son champ de vision est tantôt bouché par un dos large , tantôt une haute coiffure, ou encore des bras qui s’élèvent faisant des signes désespérés…et non, pas facile de se retrouver !
Ah ! Soudain un petit morceau de tissu bleu apparaît entre une manche sombre de costume masculin et une partie d’un fourreau satiné, au ton assez voyant, pour ne pas dire criard parce qu’on est bien élevé ! cCest elle, c’est Muriel se dit immédiatement Géraldine. Elle la soupçonne, d’ailleurs, de s’être collée délibérément à ce personnage haut en couleur, comme en taille, consciente que s’il fallait une balise de reconnaissance dans cette affluence, elle était toute trouvée ! Géraldine commence à bien cerner le personnage, son accompagnatrice, et s’y retrouve un peu elle-même…Elle ne peut s’empêcher de sourire à cette feinte de jeu, contre l’ennemi que représente une foule au milieu de laquelle on cherche une personne précise !!!
Le petit groupe s’est constitué peu à peu, et est au complet depuis quelques minutes seulement lorsqu’une voix suave invite les gens à entrer dans la salle de réception…Géraldine ne s’attendait pas à voir une démonstration de politesses et de courtoisie, mais un minimum de bienséance aurait fait l’affaire…Elle n’imaginait pas que l’on pouvait écraser les orteils, pousser les fesses, donner de l’épaule à ce point pour une affaire de si peu d’importance en somme. Mais Géraldine n’est pas une habituée !!! Elle s’est donc retrouvée, après cette vague déferlante, en compagnie du second lauréat du concours et une des pilotes du festival dans un coin totalement opposé à celui choisi par le reste du groupe, et, trop tard, pas la peine de traverser la salle…les annonces commencent sur l’estrade, les présentations et discours d’usage s’enchaînent. Toujours en demi-teinte, Géraldine poursuit son film intérieur, et ne prête qu’une oreille distraite aux propos tenus. Elle est émue par la présence d’un homme handicapé, qui, assis sur un fauteuil roulant, lui tourne le dos ! Elle se demande comment il av pu ou dû faire pour arriver ici sans encombres…L’hôtel est magnifique mais elle a constaté que rien n’indique un accueil particulier pour les personnes à mobilité réduite ! Comme quoi, la perfection n’est pas de ce monde…
Bon, Géraldine, si tu écoutais un peu ce qui se passe !
Elle marche sur un nuage lorsque son nom est prononcé et qu’on l’invite à venir recevoir son prix ; s’attendait-elle à repartir avec une de ces sculptures habituelles ressemblant, en miniature, à celles que l’on distribue aux césars ou autres cérémonies de ce genre, ou avec un tableau quelconque ou…mais non, elle ne s’attend à rien de précis…c’est un détail qui lui a totalement échappé.
Elle est ravie de voir qu’il s’agit d’un objet tout à fait simple et élégant, rappelant à la fois l’écriture et le cinéma, une lithographie montrant une pellicule se transformant en robe du soir, une longue robe noire…Elle ne comprend pas immédiatement que l’artiste a travaillé à sa seule intention, et inscrit en lettres d’or au bas de l’œuvre « une robe longue, noire ! ». Lorsqu’elle baisse les yeux sur la gravure et déchiffre le message, elle sent l’émotion la submerger et malgré toutes les obligations de rester stoïque qu’elle s’était imposées depuis son arrivée, cette fois elle abdique : quelques larmes troublent sa vue et c’est la gorge nouée qu ‘elle prononce les remerciements d’usage…doit-elle oser ? oui ! elle ajoute enfin : je dédie ceci à un monsieur cinéma sans qui je n’aurais pas écrit cette histoire, un personnage digne des scénarios de Monsieur Manuel Poirier et de ses rendez-vous manqués…L’assemblée s’amuse de cette dernière phrase et applaudit, c’est toujours comme ça !!
Et puis, commence la soirée…celle de Géraldine, celle du film de Géraldine. Elle connaît la silhouette, le visage, le sourire du « monsieur cinéma » puisque les photos s’étaient affichées en plein écran sur l’ordinateur et que ,depuis, elle en a fait quelques tirages papier. Mais elle n’a pas croisé cet homme dans les couloirs, le bar, les salles de restaurant, sur les terrasses, les parkings…et pourtant ce n’était plus des yeux qu’elle avait depuis quelques heures, mais des téléobjectifs !
Lorsqu’elle était sortie de chez l’esthéticienne, au rez-de-chaussée, cet après-midi, et avait croisé Muriel aussitôt, elle ne s’était pas étonnée de la remarque de celle-ci, sur un ton narquois : Ouah ! Vous n’êtes pas jolie, vous êtes pire !
Toutes deux avaient tellement ri, au cours de leur promenade, lorsque Géraldine lui avait raconté que cette phrase unique avait suivi son envoi de photo, et qu’elle s’était demandé, alors, comment elle devait le prendre ! Sa première réaction avait été de se dire : Quel mufle ! Et puis elle se calma en lisant le nom de Victor Hugo, et se rappelant que cette citation était souvent employée, jusque dans les salons de beauté !
A peine avait-elle remarqué, à ce moment précis , l’homme assis sur un fauteuil roulant qui souriait en entendant les deux femmes rire…
Ce n’est que lorsque les noms de Fabrice R. et Jérôme P. sont prononcés que les regards se portent vers l’angle perdu de la salle :Jérôme s’approche, poussant un fauteuil roulant et alors Géraldine reconnaît le visage de Fabrice…En un éclair, Géraldine comprend !
Elle avait senti cette souffrance avant même de la connaître, elle avait vu le film avant sa projection, elle connaissait le scénario, comme si elle l’avait écrit, elle avait vu les terribles images… Elle ne s’était pas trompée. Fabrice ne lui avait pas dit la vérité , en rentrant de Tchétchénie… et maintenant, elle sait pourquoi.
Dès que les deux hommes rejoignent leur place, Géraldine traverse la salle sans se soucier des convenances, elle est ailleurs !!! Elle saisit les deux mains de Fabrice et, s’approchant de son visage, les porte à ses lèvres.
Fabrice sourit et la complimente pour le choix de sa robe.
Géraldine pleure en silence, l’émotion est trop intense pour ajouter un mot…leurs doigts sont serrés si forts que nul ne pourrait les dénouer.

26-11-04
A T,O,N,
A ton image
Au soir tombant, ivre d'amour
Titubant entre les rochers
Où s'entremêlent jour après jour
Nombreux fils de rhodophycées
Incrédule, tu te vois, là
Magnifique autodafé !
Amour, tu m'as consumé !
Grande est ma joie d'expirer, las,
Epuisé, pour renaître à la clarté.
