les histoires de géraldine

des écrits pour le plaisir

03-06-05

NAD....suite

vous trouverez le début de cette longue histoire sur le post du 29/05 "écrire pour témoigner"

Elle articule :
- Son visage ?... Est-il blessé au visage?
Ce sont des pauvres mots, qu’elle s’entend balbutier du fond de sa peur. Elle est secouée  de grelottements incoercibles.

- Ne vous agitez pas, Madame, patience...

(Mais pourquoi ne me disent-ils rien ?)

Elle fixe à nouveau le panneau mural face à elle et ce feuillet retenu par un aimant, un petit disque noir ; curieux, ce disque noir !
Exactement semblable à ceux qu’elle utilise en classe, sur les tableaux magnétiques, pour ses démonstrations de géométrie. C’est ainsi que tiennent les figures qu’elle découpe dans du papier cartonné.
Le collège… Ah ! Et ses cours demain ?.. Elle aurait dû prévenir !
Et Pierre, quand reprendra-t-il son poste ?

Elle est incapable, soudain,  de distinguer si c’est bien un coeur qui bat si fort dans sa poitrine, ou si sa poitrine retient une bête infernale qui voudrait en sortir. Elle essaie d’apaiser cette lutte intérieure; Il lui semble qu’elle est très mal assise dans ce fauteuil, elle ne sent plus ses jambes...
Des bruits subits, venant du couloir, lui font alors tourner les yeux. Elle fixe la porte aussitôt. Cette porte est large, large, et c’est une très petite dame qui entre, elle est blanche également, son visage est curieux, grave, fatigué. Elle pose son regard sur Nad, Nad qui ne comprend pas: la femme ne lui dit rien ! Puis, elle va s’entretenir avec l’interne qui est toujours là, elle lance un bref regard aussi vers le gendarme qui désormais s’apprête à repartir, mais Nad, on ne lui dit rien...
Nad n’ose pas intervenir, elle a peur de demander si...

L’interne s’assied près d’elle :

- Madame, le maximum a été fait sur le plan chirurgical, il  avait de nombreuses plaies, de nombreuses contusions, des fractures multiples et Monsieur Biesson est désormais dans un coma profond pour... Il faut désormais attendre... Il est dans une salle de soins intensifs, nous allons faire tout ce qui sera en notre pouvoir, mais il vous faudra beaucoup de courage, nous craignons...

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NAD ....suite

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

Nad se sent morte, elle diminue à vue d’oeil, elle rétrécit, oui c’est exactement ce qu’elle ressent: elle n’existe déjà plus . (Pierre, pas lui ! Il n’a rien fait, il n’a pas commis d’imprudence, non, pas lui !)

- Voulez-vous m’accompagner, venir le voir ?

Nad vascille, l’interne lui tend le bras, la petite dame l’encourage, relève son sac à main. Elle ne marche pas, Nad, elle glisse vers le vide, vers un précipice, vers le néant.
(Comme ce couloir est étrange ! Pourquoi n’y a-t-il plus son dessin sur le mur? Hein, cette reproduction de Folon qu’elle a peinte elle-même sur le mur, près de la cheminée ?… Nad, secoue-toi, où es-tu ?)
Le petit groupe s’arrête devant une très large porte, vitrée jusqu’à mi-hauteur, que la petite dame pousse lentement, très lentement... Est-elle si lourde cette porte ?
Ils entrent, mais sur quoi marchent-ils ?
Nad s’enfonce ; on croirait avancer péniblement sur du sable, peut-être, ou bien de la vase; elle a du mal à lever les pieds, ses chaussures sont si lourdes; elle les regarde, ses pieds, et elle voit aussi les sabots de l’interne, énormes ! Et les pieds de la dame en blanc, tout petits ! Nad n’ose pas lever la tête, tourner son regard vers le lit. La pesante porte s’est refermée !

Pierre, comment reconnaître son Pierre ?
Sa tête est pratiquement couverte de bandages. Elle a une envie folle et inattendue de rire, et tout à coup elle se souvient…l’homme invisible...(Pierre, arrête de jouer à cela, tu me fais peur, et tu sais très bien qu’il ne faut pas jouer à me faire peur !)
Elle s’approche de lui, et se demande si elle a ri vraiment ! Elle devient folle, folle !
Pourquoi tous ces tubes, il n’est plus que tubes et drains, relié de partout ! Cet écran ? A quoi sert-il ?
Elle gémit, et cette fois elle pleure des larmes vraies, qui coulent, qu'elle  sent baigner lentement son visage ; elle se vide, ses hoquets font mal, sa gorge brûle, Nad souffre énormément....
Pierre, ... (Il ne me voit pas, il ne m’entend pas, je ne l’entends pas respirer. Son visage est tout meurtri, il a des rictus par instant, je suis sûre qu’il a mal. Pierre, je t’aime, je ne veux pas !)

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Nad ...suite

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

- Désirez-vous rester un moment dans la chambre, Madame ? Avez-vous de la famille ici ? Vous savez, il serait préférable de vous reposer. Pouvez-vous aller chez des parents, ou des amis, chez qui nous pourrions vous joindre ?
(Comment ose-t-il, cet interne, est-il fou ? Je rêve. Me demander de quitter Pierre, de le laisser, maintenant, là, et dans cet état ?)

- Non, je veux rester. Je veux le voir, je veux être là...

- Nous allons vous apporter un fauteuil, juste pour cette nuit, Madame, mais vous devriez plutôt...

- Je veux rester, vous dis-je, s'il vous plait...

Nad n’en peut plus, il n’y a pas un bruit, sauf celui de ces appareils qui luttent avec Pierre pour la vie. Comment peut-on imaginer que ce corps inerte l’a serrée dans ses bras, comment ces lèvres ont-elles pu se joindre aux siennes, que faut-il qu’elle fasse pour que tout cela renaisse ?
Ils devaient partir dans trois semaines tous les deux, sans les enfants, en vacances dans le Sud de la France. Ils avaient senti le besoin de se retrouver seuls, ces derniers temps, et avaient décidé que les congés de Pâques seraient une bonne occasion puisque les garçons se faisaient une fête d’aller chez leurs cousins.
Pierre et Nad  avaient  souvent de  très mauvais passages dans leur vie de couple, ils avaient du mal à exprimer leurs désirs profonds. Nad n’ignorait pas qu’ils se battaient contre leurs fantômes respectifs et qu’ ils s’étaient tous deux forgés des carapaces imperméables à toute tentative de conciliation, des remparts infranchissables, par moments. Parfois elle ressentait à quel point ils étaient pourtant vulnérables l’un comme l’autre, chacun à sa manière, avec des réactions si différentes cependant.
Les "tête à tête" étaient de temps en temps des moments de retrouvailles. Nad revoit ces vacances qu’ils ont passées en Sicile tous les deux, l’été dernier : huit jours pour essayer de réapprendre, pour pardonner le dernier faux-pas de Pierre, qui a eu déjà plusieurs aventures, huit jours pour se redonner encore une chance... Elle s’était alors sentie plus jeune tout à coup, presqu'une "débutante". Nad avait beaucoup apprécié cette escapade et attendait pleine d’espoir celle de Pâques, en se disant qu’elle se retrouverait aussi, elle-même. Elle ne se sent bien que dans un climat de joie partagée, elle n’aime pas douter.
C’est une vraie maladie chez elle, c’est vrai: elle voudrait que tout soit toujours clair, sans bavure, sans fausse note...Mais le chemin du parfait bonheur devrait être encore long.

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13-06-05

Nad...suite

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

Nad est là, face à Pierre, presque allongée sur un fauteuil réglable. Elle ne veut pas croire que tout cela, c’est fini ! Même s’il ne doit plus jamais marcher, jamais plus faire l’amour avec elle, il faut qu’il vive ! Qu’il vive , Pierre !
Elle ne peut contenir sa douleur et refréner la colère qui la dévore, mais elle ne veut pas désespérer, elle se cabre maintenant !
N’importe quoi, mais pas se quitter comme cela !

C’est de la révolte plus que du chagrin qui l’anime désormais ! Il n’a rien fait. Pourquoi lui ?  Se redressant  vers lui, Nad le dévisage... Elle a l’impression qu’il lui sourit, de très loin. Elle touche sa main presque froide,  croit qu’il va se lever, oui, elle veut...qu’il enlève ce costume...et  qu’il soit sauvé ! Tout pourrait recommencer, et mieux sans doute... Puis elle retombe dans son désarroi., perdue......
La pauvre ne voit plus très bien ce qui se passe en elle. Elle revoit les couloirs, l’interne, la petite dame, ces appareils qui l’abrutissent soudain, et Pierre qui est là, qui la regarde, qui la fixe. Elle se fait des tas de reproches, alors. Pourquoi lui ai-je dit cela quand... et pourquoi n’ai-je pas passé l’éponge pour... et pourquoi toutes ces conneries pour se faire du mal à tous les deux, quand il fallait vivre, vivre, vivre...ses yeux se ferment…

Elle est frigorifiée, tout à coup, remue un peu sur ce fauteuil, et brusquement  prend conscience qu’il n’y a plus personne dans le lit , près d’elle.
Mais que s’est-il passé ? S’est-elle endormie ? Qu’ont-ils fait de Pierre ? Où est-il ?
Elle veut se lever,  est incapable de faire un mouvement, ses jambes sont paralysées, ses bras sont comme soudés au siège. Nad veut crier, appeler du personnel mais il n’y a pas de sonnette, la chambre est déserte ;  De toutes ses forces , elle essaie de se faire entendre, mais elle est clouée  sur place.
Sa respiration , qui l’étouffe , est terriblement oppressive, tout fonctionne à l’envers. Elle suffoque.
Mais depuis combien de temps est-elle là ?
Pourquoi n’ont-ils rien dit ? Où l’ont-ils transportée? Elle n’est plus avec Pierre...
Le vent souffle encore très fort ! Il fait vraiment froid dans cette pièce.

Elle veut prononcer des mots, mais la bouche, qu’elle entrouvre si péniblement, n’articule plus. Elle essaie désespérément d’arracher un son du fond de sa poitrine qui n’est plus qu’une boule d’angoisse...
Au loin, il lui semble entendre son chien aboyer. Mais que se passe-t-il ?

Que de bruit tout à coup ! Une porte fermée brutalement, des lumières aveuglantes et  la sensation qu’on allume des projecteurs tout autour d’elle. Quelle horreur, que lui veut-on ?
Elle sent soudain une main se poser sur son bras, elle est figée, effrayée.

Enfin, alors, elle sort de cette espèce de catalepsie, et ouvre grands les yeux .

-Pierre, c’est toi ! Oh ! Pierre, mon chéri ! Tu es arrivé ? Mais je ne t’ai pas entendu !

Tu es là depuis longtemps ? Je m’étais endormie ? Pierre, embrasse-moi fort, tu ne peux pas savoir quel cauchemar affreux je viens de faire !
Pierre, vite, raconte moi ton stage, viens, je vais te faire une omelette ; Oh ! je ne peux te dire à quel point je suis heureuse...

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Nad...suite

Vous pouvez retrouver le début de cette longue histoire sur le post du 29/05 : "ecrire pour témoigner"

Sur le quotidien régional du vendredi, une photo terrifiante fait la "une" de la première page. Une de ces photos qui donnent à réfléchir quand on doit prendre la route.
Un article relate des faits : "Jeudi soir, vers 20h un poids lourd a débouché...bas des virages de la côte de ... Un véhicule léger, conduit par Monsieur Pierre... (Pierre aussi !)... âgé de 33 ans (comme lui...) n’a pu éviter le choc, qui fut d’une violence extrême comme en témoigne la photographie ci-dessus. Monsieur Pierre...... devait décéder, quelques heures après son admission au CHU de Rennes, des suites de ses nombreuses blessures et d’un grave traumatisme crânien... (nombreuses blessures, traumatisme crânien)... l’alcootest effectué sur le chauffeur du poids lourd..."

Nad est terriblement troublée par toutes ces analogies. Des frissons mêlés de peur et d’un inexplicable sentiment de culpabilité la traversent, en reposant le journal sur la table du salon. Pourquoi son rêve ? Comment est-ce possible, toutes ces similitudes ?

A-t-elle raison de raconter à Pierre cette étrange ressemblance avec l’article du journal, cette ahurissante expérience?
En effet, les sautes d’humeur de Pierre deviennent de plus en plus fréquentes, et ce jour là, c’est l’occasion d’un terrible échange de mots durs et irréparables.

"Ca t’arrangerait, n’est-ce-pas, ce scénario ? Pas besoin de prendre d’initiative, pas de procédure ! Tu ne vois donc pas que c’est fini pour nous, que je n’ai plus rien à faire avec toi, que je fais semblant et toi aussi, que tu t’accroches à de faux espoirs, qu’à force de recoller des morceaux, on vit comme des cons !"

Pierre aurait-il raison ?
Nad n’en peut plus, c’est vrai, usée qu’elle est, à force de se détruire au jeu des questions-réponses en monologue, des soirées de solitude, des violences verbales, de l’échec qui devient un peu plus évident chaque jour.
Nad sombre déjà depuis plusieurs mois dans l’angoisse de la séparation.
Mais, cette fois, elle ne veut plus nier l’évidence. Les mots sont trop violents, assassins.
Tous deux sont trop loin l’un de l’autre, désormais : elle abdique, c’est irréparable.

La procédure durera plus d’un an, une triste période de conflits, de bassesses, de destruction, plus d’un an de misère morale et de déchirement.

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16-06-05

Nad ...1987

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

FEVRIER 1987

Il lui a bien fallu accepter cette mort d’une histoire, et survivre. Nad ne s’en croyait pas capable et, de toute son énergie, avait repoussé l’échéance.Mais, lutte-t-on contre la mort, contre la fin d’une histoire ou d’une vie ?
Le combat est perdu d’avance.

C’est ainsi..
Mariée très jeune, Nad avait  compris très tôt qu’elle devrait se battre contre l’échec qui menaçait. Quinze ans de vie de couple viennent de se refermer sur un deuil inconfortable, qui l'a laissée anéantie de chagrin, de regrets, parce que c’est un deuil vivant. Une sorte de culpabilité la ronge pour n’avoir pas touvé ce qui devait, à ses yeux, pouvoir soigner, et guérir la maladie pernicieuse qui fait que deux êtres se perdent comme çà, tout seuls, par leur incapacité à se construire ensemble, malgré ce qui paraîssait les unir.
Un deuil d’amour, c'est fou ce que cela peut-être lourd à porter, quelles qu’en soient les circonstances d’ailleurs !

Pourtant, pour être tout à fait juste, Nad éprouve aussi un véritable soulagement, maintenant, après la violence parfois et les humiliations souvent, tout ce qu’elle avait dû longtemps cacher parce qu’elle espérait encore ou parce qu’elle avait honte, ou par découragement…( la violence, oui, elle l' avait cachée ; surtout la violence, qui dégrade les êtres et en fait peu à peu des robots prisonniers de leur silence et de l’acceptation…)

Dans le même temps, elle découvre une certaine frayeur à l’idée que peut-être ce gâchis lui sera fatal. Elle voit son avenir rétréci, enfermé dans des souvenirs mêlant tout à la fois bonheurs et souffrances, espérances et détresses, sur un espace de temps qui lui a paru une éternité alors, et elle se sent vieille, tout à coup.

Une évidente responsabilité s’impose à elle pourtant: il faut assumer cette nouvelle situation, chasser le doute de son esprit, et relever la tête, pour l’amour des deux bambins qu’elle a mis au monde.
Elle se dit qu’ils en ont assez vu et entendu, déjà, pour se faire une piètre opinion de ces adultes insensés qui ne savent pas toujours le mal qu’ils font aussi aux enfants.
Pendant longtemps, Nad s’est sentie fautive envers eux de ne pouvoir rien faire sinon que  les protéger le mieux possible, sur un radeau à la dérive. Elle sait qu’elle devra leur faire comprendre un jour.

D’ici là, comme pour conjurer l'incertitude du lendemain et s'apaiser elle-même, elle s'est persuadée qu’elle ne devra plus les perdre de vue. Convaincue qu’elle devra leur accorder beaucoup de temps, leur offrir une vie saine de tendresse et de partage, être une mère disponible et apaisée, elle doit se recomposer maintenant pour être à la hauteur, se montrer rassurante.
Il lui faudra essayer d'oublier l' "avant" et construire l' "après", se reconstruire.
Oublier, et trouver d’autres richesses en elle et autour d’elle : regarder la vie avec d’autres yeux, mieux avertis.
Regarder les êtres qui l'entourent, écouter le monde qui n'a pas arrêté sa course, un spectacle riche et qu’elle ne voyait plus très clairement depuis années.

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25-06-05

entamons un nouveau chapitre...

Même si la lecture sur un blog n'est pas aussi simple que celle d'un livre ouvert, c'est la façon que j'ai d'offrir ces mots...les éditeurs sont ou inintéressés ou trop gourmands !!!!

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner

voici donc que commence le

CHAPITRE II   :   LA TRIBU


"Seigneur, qui avez pitié de notre faiblesse, par un dernier trait de votre miséricorde, vous changez nos supplices en remèdes.."

Bossuet

JANVIER 1989

Voilà déjà presque quatre ans que Pierre a quitté Nad, et tout juste un an qu’elle a épousé Yann.
Nad a pansé ses blessures, bercée par une nouvelle union facile, réconfortante, très simple à vivre.
Yann a su l’apprivoiser, l’inviter à laisser la tendresse s’exprimer, à retrouver l’affection, le calme, à faire taire ses craintes, ses doutes. Son divorce et la longue agonie de son couple l’avaient tellement brisée, en réalité !
Les bras de Yann entourant ses épaules, un soir de Noël, furent un refuge où elle s’était laissé couler sans retenue. Il s’était montré si persuasif quant à son profond désir de lui faire tourner cette page qu’elle n’opposa aucune résistance.  Puis tout alla très vite…
(Après la  séparation, la solitude lui avait pesé, sans aucun doute, mais elle avait surtout souffert du sentiment d’échec qu’elle portait en elle, lourd et lancinant. Ce n'était pas semblable au chagrin que l’on porte après la mort des êtres chers, cette disparition parfois brutale de ceux qui nous laissent en chemin sans prévenir. En l'occurence, c'était ici comme si elle se sentait responsable du départ, de la rupture, de la mort….Un divorce, ce n’est pas comme la vraie mort. Pendant cette période, ses deux fils ont été son combat et sa médecine. Souvent elle avait expliqué cela à Yann, parce qu'il fallait qu’il comprenne la place que tiennent les deux enfants qu’il devait « adopter » avec elle.)

Aujourd’hui, Nad est rayonnante à cause de son ventre tout arrondi, qui porte la promesse d’un cadeau merveilleux. Yann n’avait pas eu d’enfant de son premier mariage, et son bonheur à lui n’a d’égal que sa fierté.
Ce petit prince tant attendu pour la fin du mois sera la joie de toute la famille.
Les deux garçons de Nad ont déjà grandi, et l’arrivée de ce petit bout d’homme les réjouit. Eux aussi ont retrouvé leur équilibre dans une vie familiale désormais chaleureuse, pleine d’attention.
Ils ont réappris à sauter sur les genoux d’un « second papa », et puis il y a les bisous, les calins, les blagues, et tous les éléments nécessaires à leur parfait épanouissement.
Malgré l’inconfort de cette situation, parfois, les jeunes enfants ont assimilé de nouveaux repères : ils ont deux maisons…

Nad téléphone régulièrement à sa Soeurette pour lui raconter tout ce bonheur. C’est l’occasion de grandes conversations, chacune ayant toujours été très proche de l’autre.
Aujourd’hui, ce lien est encore plus étroit : Yann n’ est autre, en effet,  que le frère de l’époux de Soeurette . Ceci explique la simplicité des événements et leur rapidité.

Quelle bande ils font ces deux couples-là, avec leurs cinq enfants assemblés, ....et bientôt six.
Que des garçons, imaginez !
Une énorme complicité les unit tous. Les problèmes comme les joies sont partagés, et rien n’échappe au regard attentif de chacun envers les autres. C’est pourquoi l’approche d'une naissance chez Nad est une fête pour tout ce petit monde.

***

25 Janvier : c’est le grand jour !

Glenn, le petit prince aux cheveux bruns, aux yeux d’un beau bleu sombre, aux pommettes toute douces, est là, près du lit de Nad.
Cette naissance a été un grand moment d’amour et Nad ne dissimule pas les larmes chaudes  qui ruissellent sur ses joues, regard fixé sur ce petit berceau, signe d’une vie nouvelle qui commence. Yann, planté là près du bébé, est tout imprégné encore des intenses moments qu’il vient de vivre, et il n'a pas de mots pour exprimer l’immense joie qui le submerge. Sa voix et ses temblements de mains trahissent cette trop grande émotion qu'il ne maîtrise pas .Nad et Yann échangent alors des caresses de tendresse, des paroles douces, des gestes simples de gratitude. Ils viennent de vivre le plus merveilleux des cadeaux, l' éclosion d’une vie.

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27-06-05

1991...

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

1991

Deux ans plus tard,.le petit frère de Glenn est né, en Mars, tout imprégné de printemps....
Quatre enfants maintenant remplissent la maison de cris, de jeux, de joie, mais de soucis et de labeur aussi.
Nad profite de son long congé de maternité pour faire le point. N’est-il pas temps d’abandonner son métier et de profiter pleinement de ses enfants à elle, maintenant ?
Elle peut prétendre à une pré-retraite de l’enseignement grâce au nombre d’années déjà effectuées, et elle est très tentée.
C’est si bon d’être à la maison et de suivre, pas à pas, les progrès, l’évolution de chacun des enfants. Yann et elle y réfléchissent sérieusement. Il leur faudra sûrement modifier quelques règles de vie, en particulier contrôler de plus près les dépenses.
Mais, cela n'en vaut-il pas la peine ?
Nad est partagée entre ce désir intense de vivre pleinement sa vie de mère et de femme et l’inquiétude que lui a donné l’exemple de Soeurette , déprimée par périodes, à cause de l’isolement dans lequel elle est entrée, petit à petit, quittant  son emploi pour rester au foyer.
Yann et Nad échangent des promesses, font des plans pour réussir et ne pas se laisser prendre au piège.

Soeurette, de son côté,  attend aussi son quatrième enfant pour cet été, et inévitablement Nad rêve de cette liberté qui lui serait offerte, ne travaillant plus, de passer quelques jours auprès d'elle, dès que le besoin s’en ferait sentir.
Et puis, en quittant la profession, finies les contraintes d’horaires, finies les corrections de devoirs très tardives, après des journées bien chargées maintenant... Nad a vraiment envie d’arrêter de travailler …

Cette fois une petite fille est attendue chez Soeurette!!! la première de la tribu !

***

En Juillet, Nad s’est décidée, a achèvé toutes les démarches nécessaires; elle ne fera pas la rentrée de Septembre. Ce sera un nouveau statut pour elle : mère au foyer.
Nad et Yann vont aussi changer de décor : changement de vie, changement de lieu. Il faut désormais une nouvelle demeure, plus spacieuse.
Cette année 1991 est assurément placée sous le signe du renouveau : Soeurette a mis au monde une magnifique fillette au mois d’Aout.
La tribu vibre de tout ce changement, débordante d’enthousiasme.


Après leur déménagement en Novembre, Nad et Yann s’affairent à préparer la maison pour le nouvel an.
On y réunira une grande famille pour les baptèmes des deux derniers-nés de la tribu. Nad et Soeurette ont voulu fêter cet évènement le même jour, concrétisant ainsi l’habitude qu’elles ont de tant partager depuis de nombreuses années.

Chacune de son côté prend en charge une partie des tâches, l’une prévoiyant l’hébergement, trente-cinq personnes c'est à la fois peu et énorme, l’autre étudiant les menus, prévoyant les cartons d’invitation....
Toutes deux s’amusent aussi, comme deux gamines, enthousiasmées à l’idée d’une telle réception. Elles en ont profité pour inviter , outre les plus proches parents, oncles et tantes qui n’ont plus souvent l’occasion de se retrouver, et puis les cousins de la banlieue parisienne, et des amis fidèles. Quelle fête on va faire...

C’est vrai qu'elles ont eu raison de se donner tout ce mal. Ces deux jours passés tous ensemble resteront gravés, quoiqu'il arrive. Il ne manquait que "les pingouins des îles" : le frère de Nad et son épouse, qui vivaient alors à la Dominique, aux petites Antilles. Un appel téléphonique, à minuit, permit à la famille de partager ce moment de joie avec eux, malgré la distance .

Les heureux papas, eux,  n'ont pas caché leur fierté, et la joie de ces deux-là, frangins aussi liés que des jumeaux, n’échappa à personne.
On a dit des tas de plaisanteries sur le fait que chacun est frère de son beau-frère, que la soeur de sa belle-soeur est sa femme, que les bébés se ressemblent étrangement, qu’ils pourraient se les prêter.
Deux jours de joie, de franche rigolade, deux jours inscrits dans les mémoires. Un nouvel an mémorable, celui-là !

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29-06-05

JANVIER 1992

L' année nouvelle, qui vient de commencer dans un délire de retrouvailles, de cavalcades d’enfants dans les escaliers, de campements improvisés, de dortoir d’adolescents, cousins et cousines se comptant au nombre de seize, cette année là marquera un tournant dans l’histoire de Yann et Nad…

La fête finie, chacun ayant bouclé les bagages, les voitures s’éloignent une à une. Il ne reste plus qu’à ranger la maison. Un vrai capharnaüm !
Les quatre, Yann, Yvon, Soeurette et Nad  à l' unisson se mettent au travail.
C’est l’occasion que saisit Soeurette pour faire quelques confidences à Nad et Yann : Yvon l’inquiète depuis quelques temps. Quand ils sont seuls à la maison, il se montre taciturne, il tient des propos parfois déconcertants, traduisant une sorte de lassitude ou de pessimisme ou quelque chose comme cela, indéfinissable  ; Il s’isole de plus en plus.
Serait-ce l’arrivée de ce dernier bébé qui lui a fait peur ?
Elle croit qu’il se laisse aller un peu, qu’il boit peut-être un peu plus d'alcool que d’habitude, sans qu’elle n’en sache rien !! Il semble parfois très fatigué,aussi,  elle s'interroge et s’inquiète, Soeurette !

Ce n’est pourtant pas le moment choisi pour flancher. Un projet de construction, ou d’achat d’une maison à rénover trotte dans la tête de Soeurette depuis un moment, et elle est parfaitement consciente qu’elle aura énormément besoin de lui pour le mener à bien. (De ses forces à lui, et d’un peu, ou plutôt de beaucoup, d’enthousiasme !)

Nad et Yann promettent d’être vigilants et présents pour les soutenir. C’est sans doute un passage à vide, cela arrive.

Quant à eux-deux, ce n’est pas la générosité ni l’envie de se battre qui leur font défaut. Ils rassurent Soeurette, et exposent brièvement  tous les projets qu’ils ont en tête. La maison qu’ils viennent d’acheter est certes vaste, mais c’est une vieille bâtisse, et il y a beaucoup d’aménagement et de confort à y apporter. Ils ont déjà passé quelques longues heures de nuit à bricoler, avec mille précautions, quand les enfants dorment. Ils se sentent si bien, tous les deux, plein d'enthousiasme, qu’ils donneraient le moral aux plus désespérés.

Pendant plusieurs semaines, Nad et sa Soeurette se sont régulièrement retrouvées pour de longues conversations téléphoniques. Elles se sont aussi offert quelques week-end de villégiature, réunissant la tribu chez les uns  puis les autres, durant l’hiver, et comme toujours, pour des moments simples et heureux d’échange, de partage, de conseils, de confrontation d’idées ou de réconforts.

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PRINTEMPS 1992

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

Le désir, chez Soeurette, de changer d’habitation a fait son chemin,  et c’est ainsi qu’un beau jour d'Avril elle annonce  fièrement à Nad avoir  trouvé une vieille ferme à rénover, juste à un petit kilomètre de leur adresse actuelle, et comme cela, par hasard, en promenant bébé. Elle développe, sans compter le temps, la description de la bâtisse, de son environnement, l’organisation prévue pour réunir les fonds, les travaux qu’ils ont envisagé de faire...et tant pis pour la facture de téléphone , elle raconte aussi que le notaire chargé de la vente est, chose amusante, un ancien copain de classe d’Yvon  et leur surprise , et leur joir de se retrouver; puis elle jubile en détaillant le nombre et la dimension des futures pièces qui composeront le logement…Elle avait entretenu le mystère un peu, elle voulait créer la surprise, explique-t-elle…
Et, en fait, Nad est tout aussi heureuse de rapporter cela à Yann le soir, et de lui annoncer combien il lui semble que le baromètre est en hausse, là-bas, pour Soeurette.

Pendant deux mois, c’est de la folie ! Soeurette s’active comme rarement elle ne l’a fait, Yvon n'a pas encore ses congés d'été: elle s'affaire tous azimuts, démarches, surveillance des premiers travaux, préparatifs de déménagement...Tout va très vite.
Au mois de Juillet prochain, ils doivent s’installer dans cette grande longère où chacun des enfants aura sa chambre, où le terrain offrira un espace de jeux comme on ne pouvait l’espérer, sans devoir modifier trop les habitudes : pas de changement d’école pour les petits, le car scolaire passe à deux pas. Dans sa maison, Soeurette va sûrement retrouver du plaisir à faire des merveilles de décoration.
Elle a du talent quand elle veut se lancer ! Elle fait des projets, des tonnes de projets !

Yvon est heureux et fier de faire découvrir les lieux, lorsqu’en Mai la tribu se réunit pour la visite du futur palais !
Certes, le travail ne va pas manquer pendant quelques années, mais quitter un logement devenu exigü, dans un de ces ensembles de petits pavillons trop proches les uns des autres pour que les mots intimité et indépendance aient un sens, ce n’est pas fait pour déplaire à Soeurette, qui commençait à étouffer, et déprimait souvent.
Cette prairie qui entoure le bâtiment va s'organiser pour le plaisir de tous…lorsqu’elle sera devenue le jardin d’agrément, ici, le coin potager (pour Yvon), là....! Le terrain de foot-ball (impossible d’y échapper)de ce côté,…et puis des parterres def leurs, là...et des arbres aussi, plantés de ce côté…, alors le rêve deviendra réalité!
Soeurette fait plaisir à voir, arpentant son terrain, sa petite puce dans les bras, et ses garçons en délire se roulant dans l’herbe auprès d’elle, sous le regard d'Yvon , au sourire radieux.

Posté par vivianev à 11:45 - chronique... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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