les histoires de géraldine

des écrits pour le plaisir

02-07-05

printemps 1993 ...

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

MAI 1993

Soeurette s’est effondrée.
Nad charge des bagages dans le coffre de sa voiture, les jouets préférés de Glenn, et le petit cheval à roulettes de Yoran, et elle prend la route avec ses deux bambins.
Elle part pour quinze jours…

Quinze jours devant elle, pour sortir Soeurette de ses torpeurs d’enfance revenues à la surface, à grands flots .

Quinze jours pour tout réapprendre, quinze jours pour la convaincre de reprendre sa vie en main, et ses enfants en charge.

Soeurette a basculé dans le passé, Soeurette regarde ses enfants sans trop réagir et croule sous la pagaille de la maison, malgré les aides qui lui sont apportées régulièrement par les personnels des services sociaux . Soeurette fait , à son tour,  des « crises de nerfs », comme le disent ses enfants. Soeurette  reproduit, elle lui fait mal.

Nad s'investit de toute son âme , pendant ce court séjour, pour apaiser la douleur et ramener un peu de sérénité dans cette maison où la tristesse règne en maîtresse ... mais pour combien de temps?

JUIN 1993

Soeurette décide de vendre cette longère qui est un trop gros vaisseau pour elle, seule aux commandes. Jamais elle ne pourra aménager ce terrain, assumer les finitions de la maison, et...elle le sait,  elle va devoir chercher un emploi.


Elle décide  alors de venir s’installer tout près de chez Nad et commence , dès lors, à organiser  une nouvelle vie.
Nad , elle, a retrouvé des forces, et s’occupe des enfants, tous, quand sa Soeurette en a besoin. Elle construit un nouveau monde dans sa demeure, un monde de solidarité, un monde d’amour.
Elle compense, Nad ; elle compense.

Nad est inquiète, pourtant...
Depuis le décès d’Yvon, Yann a changé. Son compagnon a perdu son goût de vivre , perdu son enthousiasme. Sa gaieté habituelle semble s'effacer derrière un regard parfois vide ou très lointain, un front soucieux, et des mots d'amertume et de lassitude. Il faut souvent le bousculer pour lui faire croire à demain. Il est persuadé qu’il ne vivra pas longtemps non plus, qu’il est déjà vieux, il s'inquiète à la pensée qu'il ne  verra peut-être  pas grandir ses enfants…

Cette mort injuste lui a fait mettre un genou à terre, lui qui était si combattif, et semblait invulnérable....la mort est toujours difficile à admettre, et celle - là , qui aurait dû être évitée , est insupportable ! En tous les cas, pour un long moment, sans doute ...

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04-07-05

voici que commence le troisième chapître...

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

CHAPITRE III
AR BOD : la demeure d’une famille ordinaire…

« Si  le cœur ne contemple pas, l’œil ne verra pas .»
proverbe caucasien

Ar Bod, cette propriété que Yann et Nad ont achetée durant l'été 1991, c'est dès la première visite qu' ils l’avaient aimée .
Autrefois une belle  ferme, cette bâtisse transformée au fil des ans par ses propriétaires successifs, avait des dépendances et un jardin paradisiaque : des fleurs magnifiques, on en comptait de nombreuses variétés, des arbres fruitiers aussi, nombreux et panachés, donnant beaucoup de délicieux fruits, un potager généreux et une belle surface semée de gazon ; au total, plus de deux mille mètres carrés qui assureraient de bonnes parties de plaisirs pour les enfants, et le bien-être pour eux deux.
Située à la sortie de l'agglomération, Ar Bod offrait bien des avantages : une vie douce, à proximité des commerces et des services, et dans le calme champêtre d’une zone très peu urbanisée.
Le bord de mer n’était qu’à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau, tout semblait réuni pour combler les voeux de toute la petite famille.
C’est vrai, ils avaient eu immédiatement le coup de foudre pour cet endroit !
Dès qu’ils s’y étaient installés, tous deux s’étaient mis à travailler d’arrache-pied pour y apporter les améliorations de première nécessité, les installations électriques devaient être modernisées, l’équipement de la cuisine renouvelé, il fallait prévoir le remplacement de quelques revêtements de sols usés par les ans, ainsi que des tapisseries qui étaient vieilles et décolorées... Et alors des projets multiples alimentaient leurs longues discussions, échanges qui emplissaient de rêve les nombreuses soirées qu’ils prolongeaient jusque très tard dans la nuit, bien.souvent   .
Ils voulaient donner une grande âme chaude à cette demeure, leur demeure

La vie malmène parfois, et les projets s'effondrent.

Ar Bod avait une âme, cela, c’est incontestable. Cette demeure a abrité pendant plusieurs années, depuis leur installation, de beaux moments d’amour mais aussi beaucoup de chagrin.

Ar Bod ! c’est le refuge où Nad a continué à construire son coeur, distribuer ses forces,  donner d’elle-même, beaucoup.
Ar Bod, c'est aussi là qu'elle a abandonné bon nombre d’illusions .

Posté par vivianev à 16:35 - chronique... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

été 1993 ...

L’annexe d' Ar Bod, ce petit bâtiment indépendant, était, à l’origine, d'un côté d'une cloison légère un simple débarras et de l'autre une chambrette d’été modestement aménagée . Cette partie dite habitable etait prolongée par un cellier dans lequel les récoltes du jardin et les conserves pour l'hiver étaient mises en réserve .
Pendant quelques mois, quand la saison le permettait, cette annexe accueillait des visiteurs, et plus particulièrement Pépère. Mais, bien vite, il a fallu penser à sa rénovation, son équipement était tellement sommaire et son confort si rudimentaire que des travaux s’imposaient !
Et puis Alanig et Loullig, les deux fils aînés , manifestent aujourd'hui un tel désir de se l’approprier que l’on profite de la période d’été pour se lancer dans les rénovations indispensables.
Chacun met la main à la pâte ! Il faut jouer les manoeuvres, et s'initier à percer le sol, poser des canalisations, il faut devenir menuisiers, électriciens, peintres… pendant quelques semaines.
Nad ne laisse pas sa place, le marteau à la main, quand ce n'est la scie ou la truelle, tout lui plaît et elle s’amuse de ce côté masculin de sa personnalité, le crayon sur l’oreille . Yann et les fistons se chargent des tâches les plus  rudes, cependant. Nad dessine des plans avec Loullig, fait les achats des matériaux avec Alanig, et donne avec bonheur un coup de main aux hommes. En trois semaines, l’  annexe  est devenue la garçonnière d'Alanig et Loullig.
C’est là que tous les deux apprendront doucement ce qu’est l’indépendance, celle dont tout enfant rêve et prépare au fil des jours. Bien sûr, ce n’est pas encore le vrai départ, mais c’est une passerelle...
Il leur faudra organiser leur espace, en devenir responsables, l’entretenir. Mais quel satisfaction et quelle fierté ils ont éprouvées en partant chez eux , la clé de leur petite demeure en poche, le soir de leur installation !

Chacun des garçons a un domaine réservé et tous deux se partagent un lieu de vie commun équipé pour  préparer  et prendre des repas, si le coeur leur en dit... 
Depuis lors, cette forme d'autogestion ne les a jamais empêchés de participer pleinement à l’aventure familiale, dans les bons comme les mauvais moments.
Nad et Yann ont estimé qu’ils  s’initieraient là, tous les deux, à ce que peut être la solidarité et aussi le droit de chacun à sa solitude,  à sa vie.
Qui n’a jamais rêvé d’un petit coin de retraite pour échapper aux pesanteurs du groupe, au foyer de tensions et de querelles que représente une petite famille parfois ?
Le quotidien n’est pas toujours facile!
Depuis cette installation, de l'eau est passée sous les ponts…

Aujourd’hui, à l’heure où j’écris cette chronique, des années après, qui sont ces jeunes hommes : parlons d’eux, voulez-vous ?

Alanig,
Aîné de la famille, il a longtemps été un enfant réservé, trop, peut-être, au goût de Nad. Elle le trouvait très secret, impénétrable quelquefois. Il n’était pas facile de trouver la clé pour entrer dans son monde.
Nad s’est inquiètée bien souvent pour lui. Si la période que l'on a coutume d'appeler la petite enfance ne lui avait jamais posé de gros problèmes, il n'en a pas été de même après sa sortie du collège. L'adolescence, et son entrée en lycée professionnel semblaient l’avoir déstabilisé. Du petit garçon sage,seulement un peu timide, il était devenu un jeune plutôt anxieux et sans assurance, et en rébellion à l'intérieur .
Se sentait-il dévalorisé, en échec? Son orientation ne lui plaisait pas, Nad en était de plus en plus consciente. Elle avait l’oeil souvent fixé sur lui. Elle a eu peur de ses fréquentations qui, parfois , ne lui semblaient pas des meilleures. Lorsqu’il a atteint l’âge des premières virées avec les copains, chacune d’entre elles était un moment d’angoisse pour Nad.
Il faut dire qu' Alanig semblait chercher du courage , alors,  dans la provocation. Son look devenait des plus extravagants, et sa petite bande n’inspirait pas trop confiance. Pourvu, pensait-elle,  qu’ils ne boivent pas trop d’alcool, qu’ils sachent s’amuser en bonne intelligence : Nad apprenait le métier de guide, de mère, et ses propres références d'adolescente ne pouvaient guère l'aider. Elle, elle avait tout misé sur sa scolarité à cette époque, comme par défi aux remontrances quasi perpétuelles de sa mère. Elle avait dû pourtant changer d'orientation, après un an d'internat en seconde, mais cela ne l'avait pas arrêtée dans sa route. De mémoire, elle avait mené ses études selon son désir, sa mère ne s'y investissant seulement que pour constater les résultats sur les carnets de notes et en faire les commentaires d’usage. C’est bien loin , tout cela !!!

Enfin, quelle que soit l'expérience de chacune, c’est difficile et inquiétant, sans aucun doute, de voir son premier enfant prendre des ailes. Nad sait qu'elle n'est pas la seule mère confrontée à cette inquiétude .
Au fil du temps, les copains d' Alanig sont venus fréquemment s'amuser, faire la fête, à l’ annexe.
Mais non, ils n’étaient pas des méchants ! Des cheveux longs, un peu de désordre au passage, beaucoup de musique, et de grosses rigolades résumaient leurs soirées, voire leurs nuits de délires .
Pendant quelques temps, Alanig s’est inventé un univers avec eux, jusqu’à ce qu’il abandonne le lycée, en terminale. Une soudaine passion pour le tourisme équestre l’a fait basculer dans le camp des adultes : Il a trouvé un emploi pour assurer sa formation et puis  s' est lancé dans l’aventure.
Aujourd'hui, quand Nad se souvient et me parle de toutes ces années de doute et de quête de soi, elle ne peut s’empêcher de se réjouir de voir Alanig tel qu’il est, désormais.
Il a vécu en silence tous les évènements heureux ou non qui ont marqué son enfance, puis son adolescence, et a affronté les deuils, les difficultés morales, sans broncher, peut-être aurait-il dû exprimer davantage ses révoltes ?
Alanig aime la nature, la vie simple, les relations humaines chaleureuses et sans protocole.
Alanig a aussi des dons pour le dessin, c’est un passionné.
Il a toujours été fortement impressionné par l’histoire des tribus indiennes et par la sagesse exprimée dans les récits des anciens, des chefs …
Nad rêve pour lui de grands espaces, de quelques années de baroud, et puis qu’il vive la vie comme il l’aime, sa vie.
Il est déjà ...sur sa route.

Loullig, est son deuxième garçon.

Quel personnage ! Tout petit, déjà, il avait un vrai tempérament. Il a traversé l’enfance et l’adolescence sans encombre. Bien sûr, quelques accrochages par-ci, par-là ; mais Nad n’a pas le souvenir d’une dispute avec lui qui ne se soit apaisée en moins d’une demi-heure.
Petit écolier, c'était le genre de gamin qui ne passait pas inaperçu, qui se trouvait souvent là où il ne fallait pas, qui cherchait à transgresser des règles, sans aucune intention mauvaise que celle de satisfaire sa curiosité et tester les limites du possible. Il répliquait ou se dissipait, mais on avait du mal à lui en vouloir, tant un côté naïf du comportement vous faisait craquer et oublier les velléités de remontrances ou de sanctions. Ce que l'on nomme un bon petit diable.

Il a parfois donné du fil à retordre à Nad, car ses collègues se faisaient un plaisir de l’interpeller sur les devoirs du fiston mal finis, les leçons trop vite apprises  ou son indiscipline pendant les heures de permanence, lorsqu’il était au collège. Evidemment, on ne se fait pas de cadeau, entre collègues.

C’est devenu un jeune homme optimiste, il réfléchit beaucoup, il mène sa vie à son idée. Très tôt il a fait le point avec son enfance, il a classé tout dans sa tête.Et c'est un garçon qui parle !

Nad a souvent eu des longues discussions avec lui. Pendant les années lycées, ils confrontaient leurs points de vue sur les sujets de philo, ils s’affrontaient, ils s’amusaient bien.
A cette époque, sa longue tignasse brune lui donnait une allure un peu marginale, mais être dans le moule, ce n’était pas son truc !
Et puis, il la maintenue toujours dans le coup, "la maman", comme il  le dit souvent. Elle écoute toujours avec lui les derniers groupes de musique, il lui raconte encore les blagues des copains.
Il l'a mise aux marmites parfois, quand une soirée Chili était programmée à l’annexe, avec sa petite équipe à lui.
Nad s’amuse de sa bonhommie.
Loullig vit bien, lui semble-t-il.
Il sait ce qu’il veut et va au bout de ses désirs. Il ne sera pas bureaucrate probablement, sa destinée semble tournée vers la nature. Loullig est un écolo, mais pas par mode.
Il réussit tout à fait bien les études qu’il a entreprises dans le domaine des eaux et forêts . Il travaille seul désormais , par correspondance, car l'école est trop éloignée, et même si parfois l’ambiance d’une classe lui manque un peu, il ne décroche pas.
C’est un débrouilllard, volontaire.
Nad est persuadée qu’il réussira sa vie parce qu’il ne renonce pas .

Pour achever le portrait des deux garçons, il faut ajouter la complicité qui les lie et espérer qu’elle durera par delà les années,  leurs routes devant se séparer un jour,  immanquablement.

Nad est heureuse, et fière de ses grands.
Il n'y a là ni orgueil ni auto-satisfaction de sa part, mais un énorme sentiment de confiance qui s’installe un peu plus chaque jour, elle a confiance en eux et en leur parcours. Elle sait que les liens se tissent et que l’ouvrage semble en bonne voie de solidité, même si parfois le fil est un peu tendu ! Rien de commun avec le mouchoir de poche dans lequel on voudrait enfermer des enfants dont on se croit propriétaire .

Non, la famille, me dit-elle toujours, ce doit être une peinture, une toile qui s’agrandit au fil des jours, sur laquelle chacun doit pouvoir planter un bout de décor à sa guise, comme une fresque qui s’enrichit de tous les voyages, de tous les rêves, de toutes les expériences, et où chacun apprend à respecter les choix, l'inspiration, les décisions, les départs, les absences, les retours de l’autre.
Un magnifique dessin collectif, modifiable à souhait, où il fait bon reconnaître, par-ci, par-là, le petit détail qui vous appartient, et puis toutes les nuances qui ont embelli vos propres couleurs, toutes les discordances aussi, tout ce qui fabrique les futurs souvenirs… voilà comment Nad la désire, sa famille: une peinture jamais achevée, avec un coin de toile blanche, toujours, toujours...libre pour demain, libre pour quelqu’un, et du soleil, de la lumière, de la couleur, des fenêtres ouvertes, et de la musique au coeur. 

Posté par vivianev à 17:19 - chronique... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05-07-05

Ar Bod ....pépère ...

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

PEPERE, LUI AUSSI, AVAIT AIME AR BOD..

Le père de Yann avait tout de suite adopté Nad et ses enfants. Il n’a jamais caché son bonheur à venir s’installer chez eux, pour quelques jours ou semaines,  chaque fois qu’il le pouvait. Yann vouait une sorte d’admiration à son père et, depuis qu’il s’était remarié, il avait eu à coeur d’offrir à Pépère les meilleures années de vieillesse possible, au milieu de sa petite famille.
Lorsque Nad avait épousé Yann, Pépère était à ses yeux un homme encore bien solide, alerte, qui aimait la bonne table. Sa santé l’autorisait à quelques écarts malgré le traitement qu’il suivait depuis de nombreuses années, à la suite d’une angine de poitrine. C'était un bon vivant...
Quand il venait passer quelques semaines en famille, Nad et lui s’installaient souvent pour bavarder. Pépère adorait se raconter. Il aimait beaucoup lire aussi.
« Ma petite fille » disait-il à Nad, « tu me trouveras bien quelque saine lecture dans ta bibliothèque ». Et Nad éprouvait un secret plaisir à lui proposer deux ou trois titres, sachant qu’ils auraient ensuite de bons et longs échanges sur les sujets choisis. Nad avait des raisons toutes personnelles de combler les attentes du vieil homme, elle comblait un vide en même temps, elle s’y essayait pour le moins. Personne ne peut remplacer un absent dont la disparition fut si cruelle. Jamais son père ne reviendrait.
Pépère a vieilli tranquillement, et petit à petit, il est venu de plus en plus souvent séjourner chez Nad.
Sa dernière année de vie a été très dure. Devenu presque impotant, il demandait une surveillance et des précautions, au fil des jours, de plus en plus exigeantes. Nad a eu parfois bien du mal à gérer la situation, et Yann l’avait comprise lorsque, submergée par l'ampleur de la
tâche, elle demanda que des soins infirmiers lui soient prodigués au domicile, par du personnel compétent.
Nad avait besoin d’être soulagée et surtout rassurée.

Pépère sentait ses forces s’amenuiser et son caractère changeait. De l’homme un peu grand seigneur, mais brave et peu compliqué, qu’il avait été, il devenait un malade exigeant, grincheux parfois, honteux de son état, sûrement. Nad le ressentait ainsi et comprenait son mal-être.
Pourtant il acceptait très bien son aide pour se déshabiller, le soir, avant de se coucher, et pour manger quand, par période, il ne pouvait le faire seul, mais il souffrait de cette déchéance, et ses propos étaient parfois amères, douloureux à entendre.
Pendant des mois, Nad a eu beaucoup de peine à sauvegarder l’ambiance joyeuse de la maison, ses deux plus jeunes enfants avaient aussi beaucoup besoin d’elle, et s’il n’y avait eu alors le soutien des deux grands fils et la contribution de Yann, elle aurait craqué, Nad, oui vraiment, elle aurait craqué malgré sa force de caractère et sa générosité.
De longs et difficiles mois se sont ainsi écoulés. Personne ne peut ni ne doit se donner au-delà de ses propres limites, et Nad fort heureusement connait ses limites. Au besoin, elle sait les rappeler, si parfois on cherche à abuser de sa bonté, pour se protéger, elle ne s’en cache pas,  tout simplement pour se protéger.

***

Lorsqu’en Décembre 1994, Pépère manifesta le désir de passer les fêtes de fin d’année auprès de ses filles, toutes les dispositions médicales furent prises. Il était de plus en plus faible .
Pépère alors quitta Ar Bod, pour ne plus jamais y revenir...

Posté par vivianev à 16:51 - chronique... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ar Bod ...Mamie....

vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

MAMIE N'Y EST GUERE VENUE..

Mamie, c’est ainsi que tous, ou presque, les petits enfants nomment leur grand-mère aujourd’hui. Mais, pour Nad, seul le mot existe. C’est ainsi. A ses yeux, il n’y a de « Mamie » que le nom.
Sa mère se prétend attachée à ses petits enfants, mais elle ne les supporte pas vraiment. Une seule chose lui importe avant tout, quand elle s’installe chez l’un ou l’autre de ses enfants, c’est qu’on s’occupe d’elle, qu’on la bichonne, que la vie tourne autour d’elle.
Nad a reçu bien souvent sa mère chez elle. Mais au fil des années, cela lui est devenu de plus en plus pénible.
Elle a toujours su, Nad, que si elle voulait un séjour agréable, calme, elle devait mettre tout son petit monde au second plan, et pour un temps redevenir la fille de sa mère, et non la mère de ses propres enfants ou l’épouse de quelqu’un.
La maison devait vivre à l’heure de Mamie.
On ne devait faire aucun faux-pas, sinon Mamie se renfrognait, devenait blessante par ses remarques, s’en prenait à l’un ou l’autre des enfants, ou boudait dans un coin.
Mamie aurait bien voulu que Nad élève ses enfants comme elle l’avait fait elle-même, soumis à ses volontés, à ses humeurs, à ses états d’âme, à son état, tout simplement. Mais de cela, Nad ne voulait pas.
Mamie ne câlinait guère ses petits fils. Cela la fatiguait, elle avait souvent trop mal ici ou là ...

Pardon....si ! Il faut être juste, elle les avait pouponnés lorsqu’ils étaient très petits, des nourrissons, dont on fait ce qu’on veut et qui dorment beaucoup. Elle les avait bercés parfois avec des regards attendris qui venaient d’on ne sait quelle profondeur, quand les poupons étaient encore inoffensifs, et si fragiles…

Nad s’est souvent demandé, alors, si Mamie n’avait pas quelque regret ou remord quand un tendre chérubin se trouvait sur ses genoux.
Mamie essayait parfois de se justifier en disant que les choses avaient bien évolué et qu'en son temps élever des enfants étaient autrement plus pénible, et puis qu’à son époque, on ne choisissait pas d'en avoir ! (pourtant la tendresse, l’affection, la patience, le réconfort, les câlins ça se donne naturellement, en tous lieux et de tous temps...Mamie,… se disait Nad, en son for intérieur, comme une biche sait le faire par nature pour son petit faon).
Bref, dès qu’ils avaient l’âge de dire non, Mamie ne les aimait plus très bien, les enfants.
Nad a essayé longtemps d’apprivoiser sa mère. Elle a souvent désespéré, elle y a presque cru parfois. Elle aurait tant aimé remplacer cet être imprévisible, malade d’égocentrisme, éternellement insatisfaite et plaintive en famille (mais si exubérante parfois en dehors, qu’elles en avait eu presque honte, ses filles), par une mère et grand-mère affectueuse et tendre, heureuse de vivre. Mamie a toujours fait semblant, elle ne connaissait pas le geste gratuit, quand elle jouait les grandes âmes, c’était toujours calculé, et en attente du retour.(Ne l’oubliez surtout pas, le retour, sinon elle se charge de vous le rappeler). Chaque geste de prétendue générosité avait pour but de s’accorder de futures faveurs.
Nad ne voit plus beaucoup Mamie, elle a essayé de lui expliquer pourquoi. Mais cela n'a servi à rien. Mamie a raison, elle est tellement convaincue d’avoir
raison, et d’avoir toujours eu raison. Mamie s’est enfermée dans son personnage de martyre, et même  quand elle se laissait aller à quelques moments de ce qui aurait dû être les petits bonheurs, elle trouvait toujours le moyen de les gâcher par une de ses crises de « cafard », comme elle disait. Mamie se plaisait dans son cafard, et Mamie pleurait toujours au moment où tout le monde se réjouissait, comme pour ternir toutes les fêtes !
Mamie a vécu « malheureuse » ; elle a, durant toute sa vie, raconté ses malheurs, tous ses malheurs ; elle était sur terre pour porter sa croix, disait-elle. Un proverbe breton dit qu’il vaut mieux la porter que la traîner, je crois qu’elle la traînait…
Nad aurait voulu lui dire qu’elle connaissait bien des gens dans son entourage qui aurait volontiers échangé leur croix contre la sienne, mais elle n’osait pas la priver de cette délectation d’être une élue du Bon Dieu..
Mamie se régalait quand le malheur était là, elle accourait, prenait de grands airs d'apitoiement et n’oubliait pas de faire savoir combien elle avait partagé votre peine, surtout si ça ne lui coûtait que quelques larmes et un peu de son temps. Parce qu’il ne fallait pas que cela devienne trop embarrassant, Mamie se lassait vite ! Et puis il ne fallait pas qu’un malheur puisse dépasser le sien, elle qui souffrait tant sur terre.
Mamie avait connu tous les chagrins, toutes les maladies, tous les deuils, Mamie était un vrai deuil de vie.
Mamie, malheureusement, a fait peser lourdement son fardeau sur d’autres épaules, fragiles ,  sans s’en rendre compte peut-être, ou sans vouloir se l’avouer. Mais elle a fait des dégâts ainsi, elle est tellement persuasive !
A l’instar de l’araignée qui endort sa proie, toute personne qui se prend dans ses fils ne peut s’en sortir qu’après bien des détours et parfois une véritable lutte .
Certains restent pris au piège. Mamie est un maître chanteur du coeur, une prison, et il ne fait pas bon vouloir lui échapper, elle n’est pas tendre...alors !

Pourtant, aujourd'hui, Nad ne lui en veut plus. Nad croit que sa mère est passée à côté du chemin, qu'elle a refusé de sortir de l'obscurité…

Nad sait que Mamie aurait dû se faire soigner, depuis longtemps, mais elle se dit qu’il est sûrement trop tard.

Nad lui a échappé désormais, et elle sait bien que Mamie ne comprendra jamais pourquoi le Bon Dieu lui a donné une fille aussi dure, aussi méchante, aussi ingrate !

Impossible à expliquer, c’est trop tard, c'est si dur.

Beaucoup de regrets, beaucoup de regrets...

Posté par vivianev à 17:04 - chronique... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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