vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner

CHAPITRE V

REDEVENIR   L'ENFANT

"Il est aisé de se faire du mal, de se causer du tort, mais il est difficile d'accomplir ce qui est salutaire et bon !"

Les fleurs de Bouddha.(dhammapada: stance n°163)

Mai 1999

J'ai tutoyé la mort.

J'ai approché sa saveur, je cherchais sans doute en elle la délivrance, ma dernière échappatoire.
Je me trompais !
Elle, la mort, la grande faucheuse, ne m'attendait pas là.

Je me réveille  d'un coma, je sors d’un très mauvais film, je viens de renaître au monde des vivants. Je reprends peu à peu conscience et….dans un trait de lumière, assise sur le bord du lit de l'hôpital où j'ai été accueilli, Nad est là….

Cela fait des heures qu'elle m'attend, le regard fixé sur mes yeux, mes mains, mes lèvres.
Dès qu'elle l'a pu, Nad a confié les destinées de sa maison et de sa famille à Yann et, patiemment depuis, a guetté  ici l'instant de mon retour.
Ma mère, qui l'avait aussitôt prévenue de mon hospitalisation, n’avait plus la force de faire le voyage pour l’accompagner.

Dès lors, mes forces  revenant, et mon esprit apaisé, mes yeux s'ouvrent, et d'un regard démesurément grand,  vont se perdre au fond des siens. J'embrasse d'un seul coup tout l'amour de la terre, je comprends ce que j'ai laissé définitivement derrière moi, je découvre ce que je vais aller cueillir, demain.
Je sais ce que je vais partager aussi, après cette "petite mort" ; en moi , comme une vague déferle, qui me porte vers la vie, vers la suite du voyage.
J’ai tellement cru qu’il n’y avait plus de lendemain possible…

J'ai troqué, tout en bloc, mes souffrances, mes illusions, mes vanités, mon égoïsme, mes faux espoirs, mes ressentiments, ma faiblesse, mes lâchetés, mes mensonges, contre ce jaillissement d’une source claire,  la lucidité et la simplicité de l'enfant toutes deux retrouvées ; je recommence l’histoire, et je le sais maintenant, j'ai encore un beau bout de chemin à faire ici-bas.

Je devine, dans ton regard, Nad, la victoire secrète que tu savoures en cet instant, discrètement. Tu m’as si souvent dit que la vie était faite d’instants magiques qu' il fallait savoir comptabiliser ! Celui-ci en est un , énorme, fabuleusement énorme…qui pèsera lourd, très lourd dans la balance du bonheur

Nous n'avons pas besoin de parler, tout est dit dans ce silence de paix,  union invisible et ardente.