vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner

2000

Le 22 Octobre

Do chéri,

J'ai reçu, il y a  quelques temps, l'envoi contenant tes réflexions et ta gentille lettre d'accompagnement.
Quel travail ! Je viens d'en achever la lecture.
Tu as bien fait, évidemment, d'investir dans un nouveau matériel et je suis certaine que le portable te facilitera la tâche, puisque tu vas, grâce à ton nouvel emploi, pouvoir voyager enfin. Et le texte est tout de même plus lisible que les feuillets que tu m'avais montrés, après ta sortie de l'hôpital !
Que dire de tout ce labeur ?
Ma modestie en prend un coup, tout de même.
Je ne suis pas aussi bonne fée que tu le prétends, et tu le sais bien. Ton regard est tout à fait subjectif et tu manques un peu d'honnêteté en parlant de moi comme de cette sorte de fèe posée au-dessus de ta vie. Ceux qui ont l'occasion de me côtoyer chaque jour pourraient te dire à quel point ce n'est pas toujours facile de me suivre, et comme je ressemble peu à une fée ou une angélique compagne de route pour eux , quelquefois !
Tu l'as dit d'ailleurs, j'ai des exigences envers moi et, par voie de conséquence, envers les autres involontairement parfois ; je ne sais pas toujours bien apprécier cette distance qui s'accroît entre moi et quelques personnes,  qui se considèrent pourtant si proches de moi, malheureusement…le dialogue n’est pas toujours simple.
Mais je sais que tu as parlé avec ton cœur, et qu'il parle fort bien. Je l'ai toujours su. Je sais aussi que
c'est la lumière qui a éclairé notre rencontre et guidé notre route que tu as voulu mettre en mots, en images, et c'est ainsi que je lis entre les lignes ce qui, dans ce récit,  n'appartient qu'à nous.
Non, tu n'as pas trahi l'histoire, tu t'es montré bien sévère peut-être, parfois, avec toi-même, et trop réservé. Si j'avais pû écrire à ta place, le vocabulaire dont je dispose m' aurait paru bien fade pour dire tout ce qui me relie à ton esprit, pour parler de ce souffle qui nous fait vivre depuis si longtemps à l'unisson au delà du commun, pour te mettre toi aussi dans la lumière !
Tu as dû travailler de longues heures pour arriver à finir ce récit des événements dans un délai aussi court et je suis en admiration devant l'exactitude de certains détails. Quelle mémoire !
Je savais que tu notais souvent les faits, conservais les courriers, mettais notre histoire en sommeil dans des cahiers, des albums, et je suppose que tu as dû faire du tri pour garder l'essentiel à tes yeux.
Tu as su respecter mes propos, et ne pas trahir ma pensée, mais de cela je ne suis pas surprise. Je te remercie particulièrement de ta discrétion, tu as su choisir et faire l'impasse sur certaines de mes colères, que je regrettais si vite, et sur mes moments de découragement. Tu n'as pas voulu ternir le récit de notre aventure par des détails trop empreints de détresse ou de désespoir, n'est-ce pas !
Du moins je le ressens ainsi, parce que sûrement nous n'avons jamais totalement désespéré.
Je pense que nous n'avons pas cherché, ni toi, ni moi, à nous épargner dans cette longue quête ; le but était fixé, et nous avons marché, chacun, sur un chemin sans complaisance, jusqu'au bout de nous-mêmes. Et parfois, cela signifie aller très loin…
Maintenant, nous allons cueillir les fruits de ce que nous avons semé, nous allons partager le bonheur
de la libération, nous allons briller, illuminés par la clarté de l'étoile …Nous avons presque gagné.
Une part reste à l'inconnu, à demain, qui est un jour nouveau.
Do, je t'aime de cet Amour qui n'a pas de nom, qui n'est pas d'ici, et qui est partout. Dans tous les instants, toutes les paroles, tous les paysages. Partout, je le porte en moi, comme tu le portes en toi. Nous nous rejoignons, ainsi, dans un monde que je crois être le vrai.
Mais, tu as raison, ne gardons pas cela pour nous, donnons l'espoir à d'autres qui cherchent la lumière et qui doutent. Parlons.
Nous allons bientôt nous revoir. Ta retraite indispensable m'a parue longue et courte à la fois ; je ne croyais pas que tu finirais si tôt.
Je n'ai pas besoin de t'en dire plus long sur la joie qui accompagne l'idée de ces retrouvailles toute proches.

En attendant, prends bien soin de toi.
Tendresse.
Nad.

P.S. Je te joins ce tercet, je sais que tu comprendras:

« Mon cœur est capable de toute forme ; c'est
un pâturage pour les gazelles et un cloître pour les moines,

Un temple pour les idoles et la Ka'aba des pélerins
et les tables de la Thora et le livre du Coran,

L'amour est ma religion et où que se dirigent ses montures, l'amour est ma religion et ma félicité. »

                                      Ibn  Arabi  (1165-1241)