29-05-05
écrire...pour témoigner
J'ai décidé de mettre en ligne le fruit d'un travail de quelques années , et qui se traduit par plus de deux cents pages d'écriture...voilà de quoi faire pour les lecteurs qui auront le courage de suivre ce cheminement...
"pélerins des étoiles" est le titre de ce recueil...marchons !
PELERINS DES ETOILES
A mes enfants,
"Quelque chose de plus fort que l'homme est en l'homme, qui le mène par des sentiers qui semblent incohérents. Bienheureux, pourtant, sont ceux qui y marchent…" Alexandra David-Néel Avant-propos A quelle étoile devons nous accrocher notre regard, fixement, obstinément, pour faire de nos humbles vies des contes merveilleux? Engagée bénévole pour un voyage au cœur du monde associatif, et investie dans des actions en faveur de la réinsertion sociale il y a maintenant quelques années, j’ai pu accompagner des êtres en pleine détresse, victimes de leurs dépendances et cibles du mépris de la société. Et, parce que j’ai entendu poser, de façon récurrente, cette question, et qu’elle me taraude aussi : où donc est ce lieu de paix et de clarté, objectif de tous les hommes, vers lequel tous nous tendons, j’ai voulu me rendre utile à ceux qui marchaient alors dans une obscurité profonde . Persuadée qu’ils devaient emprunter des chemins plus arides que le mien vers ce but ultime, je pensais pouvoir et devoir leur donner un peu de réconfort. Mais ce que je n’avais pas envisagé, c’est qu’ils participeraient tant à défricher et à éclairer ma propre route. C’est en mettant pour quelques temps mes pas dans les leurs afin de les comprendre que j’ai réalisé à quel point les repères convenus étaient factices, ceux-là mêmes que, professionnels et bénévoles, étions censés leur redonner, pour qu’ils se remettent sur les rails de la société. Combien de fois n’ai-je dit à l’une ou l’autre des personnes bénéficiaires de ces actions de réinsertion: « c’est vrai que toi, comme on le dit de façon un peu raccourcie trop souvent, tu es aujourd’hui sur le bord du chemin, en dehors du système , et c’est tout aussi vrai que cela dérange un peu les consciences que tu aies dû payer si cher de n’avoir pas toujours marché droit dans les traces ! Parce que maintenant tu en crèves ...Mais tu as eu tes raisons de réagir ainsi, et je les comprends ! » Combien de fois me suis-je interrogée,avec un brin d’amertume : « pourquoi le sort s’acharne-t-il si souvent sur les mêmes ? Qu’ont-ils fait, certains, pour ne tomber que sur les mauvaises cases du jeu et, de la sorte, devoir toujours reculer ou perdre ? » Combien de fois me suis-je dit, fervente : « mais quel courage ! Quelle belle leçon de vie nous donne cette personne , à nous tous ! » Combien de fois me suis-je sentie dépourvue, avec mes propos stéréotypés supposés remettre les gens en route, quand je finissais par douter moi-même du bien fondé d’arguments comme : un travail, un salaire, la sécurité, la reconnaissance sociale, en face de personnages qui souvent me donnaient, au travers de leur histoire, des leçons de sagesse, d’audace, d’amour, d’humilité… Certains vivent en ma mémoire, tels des héros ignorés, des héros ordinaires, car la réalité de la vie c’est à chacun sa guerre, son désert, et aussi son étoile. Nos routes se croisaient, voilà tout. Ils ne me devaient rien… Mais moi, je leur dois ces pages.
PREMIERE PARTIE Nad, j'ai suivi ton chemin….princesse.
vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005 : "écrire pour témoigner"
CHAPITRE I COMPTE A REBOURS
" Ce qui semble périr, se change seulement…"
J.B. Chassignet
FEVRIER 1985
Il fait un temps affreux, ce soir ! Quel démon peut bien hanter le ciel pour déverser sur les toits un vent de colère aussi glacial et violent ! La tempête s’est amplifiée depuis deux heures, les volets baissés viennent heurter régulièrement les encadrements des baies vitrées, faisant un vacarme épouvantable, et on imaginerait aisément que les maisons aient dû sortir des griffes énormes, invisibles, pour agripper le sol de toutes leurs forces, pour résister et ne pas être déplantées.
La mer, distante de deux cents mètres environ, a pris ses allures des mauvais jours, masse sombre et féroce. Les moutons argentés qui luttent sur la crête des vagues abandonnent, en touffes virevoletantes, des paquets de leur laine mousseuse, paquets d’écume jaunâtre, qui sont projetés jusque sur l’herbe des pelouses , devant les portes...A l’abri de murs solides , voilà une de ces soirées où il fait bon sentir la chaleur douce et réconfortante d’un feu de cheminée.
Nad vient de s'asseoir près du foyer. Sa journée n'a pas été plus longue ni plus difficile que d’autres, mais elle ne se sent pas très bien, comme bloquée tout à coup. Elle est sans doute, la bourrasque aidant, quelque peu angoissée.
Les enfants viennent de finir leur repas. Ils s’étaient auparavant acquittés de leurs petits travaux scolaires et vont bientôt se plonger dans leurs lits, pour une bonne nuit ! Demain, c’est jour de classe et l’heure du coucher ne varie que pour des raisons exceptionnelles. Encore une petite demi-heure de jeu, pense Nad, avant de leur donner le signal...
Elle aimerait bien continuer la lecture du roman qui la passionne depuis quelques jours, mais sans comprendre pourquoi, ce soir, elle a du mal à se fixer ; ça n’accroche pas !
Serait-elle fatiguée ? Elle vient d’en finir avec la correction de copies qu’elle remettait de jour en jour, depuis le début de la semaine.
C’est vrai ! Il arrive, ainsi, qu’en des périodes passagères elle n’ait pas envie de se confronter à une pile de feuilles, sur lesquelles il faut sanctionner par des chiffres le travail des jeunes à qui elle désirerait, elle aurait vraiment besoin de dire autre chose. Ce métier de professeur ? Il lui semble si dérisoire, désolant, inepte, quelquefois, quand il n’est ressenti qu’à travers un carnet de notes, une série de moyennes trimestrielles, et une espèce de laisser-passer lors des conseils de fin d’année !
Elle ne sait plus vraiment si c’est bien ainsi qu’elle souhaitait entrer en contact avec les adolescents qui lui sont confiés chaque année. Elle se pose des questions souvent. Après tout, elle ne fait peut-être qu’un métier de censeur, à travers lequel il est difficile de bien se connaître, enfants et adultes, et très laborieux de faire passer un message. Ses élèves ne la connaissent pas vraiment, et elle, combien de fois a-t-elle regretté de se sentir si loin d’eux, de leurs problèmes, de leur vraie personnalité, de leurs vies au dehors des salles de classe où elle a coutume de les retrouver. Elle s’interroge régulièrement en les regardant au travail, assis par deux, devant des tables trop petites à son goût et bien mal rangées ; elle leur en fait la remarque de temps en temps !
Elle se demande s’ils saisissent bien le but de la mission qu’elle se doit d'accomplir auprès d’eux : les
instruire, mais surtout les guider, leur apprendre à apprendre.
Oui, elle aimerait tant que cela se passe « en douceur », comme on regarde grandir une plante en la soignant avec attention ! Sans parti-pris ni arrière-pensée de part et d’autre. Elle a le sentiment de les avoir accueillis tous, à la rentrée, tels qu’ils sont ou comme elle les a ressentis alors, avec le désir d’apporter à chacun ce qui lui est dû, mais y parvient-elle ?
Et eux,comment l’ont-ils perçue? Ce qui la désole particulièrement, dès qu’elle remet en question son personnage d’enseignante, c’est la pensée que, de toute évidence, derrière plusieurs de ces visages se cachent de jeunes êtres qui la supportent plus qu’ils ne l'acceptent, et subissent ce qui pour eux n'est rien d'autre que la loi du plus fort, parce que c’est ça l’ « école » à leurs yeux ! Elle aimerait pouvoir leur dire qu’elle ne leur en veut pas, et ne demande qu’à mieux faire, ou à faire davantage pour les comprendre et les convaincre du contraire ; mais ce n’est pas si simple !
Elle déplore ce cloisonnement, matière par matière, et les heures parfois trop courtes, quand un bon climat s’est installé et que personne n’a envie d’entendre retentir la sonnerie : on avait encore des choses à dire ou à faire ensemble, et il faut cependant plier bagages, à regret !
Car oui, déjà, il y a un collègue qui fait les cent pas dans le couloir, qui comprend et s’efface, ou qui ne comprend pas et montre alors son impatience !
Tout un monde, le collège. Elle a eu si souvent le sentiment d’être loin de ce qui devrait être une école de la vie, de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, du respect de tous, de l’apprentissage de la solidarité...dans les murs du collège.
Du plus loin qu’elle se souvienne c’est bien le métier qu’elle avait choisi, toute jeune, et aujourd’hui elle se sent prisonnière d’un système.
Elle a l’impression de remplir une fonction, mais pas de satisfaire pleinement sa vocation.
L’originalité, la créativité, la remise en question des méthodes, des habitudes, ce n’est pas toujours de mise dans un établissement scolaire. La marge de manoeuvre est étroite, il y a les textes officiels, les programmes, les horaires, l’équipe pédagogique, les « grandes orientations », les parents, les humeurs des inspecteurs, les marottes !! et des enfants...
C’est la liberté surveillée, on fait confiance mais...quoiqu'il en soit, elle a malgré tout bousculé les habitudes de temps en temps, Nad, et pu ainsi partager avec ses élèves des moments vrais, forts, mais souvent au prix de véritables combats en coulisse. Difficile de marcher hors des sentiers battus !
Nad ne saurait pas être « fonctionnaire » d’enseignement, dans son sens le plus péjoratif. Chaque rentrée est une nouvelle aventure pour elle, pas de vieux papiers jaunis dans les cahiers de préparations : ce ne sont jamais les mêmes têtes, comment songer alors à sortir les mêmes recettes et faire de la popotte ?
NAD ...suite
vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005 : "écrire pour témoigner" ...
Le respect de ses élèves commence là, selon ses convictions, et malgré l’incompréhension de certains collègues, elle ne demord pas de ce principe que chaque année, pour elle, le programme change, ne serait-ce que pour de simples raisons d’adaptation aux groupes de collégiens en présence ; le programme et la méthode, les exercices et leur dosage, les contrôles et leur notation. Elle les sent bien, ceux qui ricanent dans la salle des profs, tout fiers du sujet de contrôle trimestriel qui ne varie pas d’une virgule depuis des années, et dont les frères, les cousins, les copains se refilent les corrections d’année en année ; Bon, on y change bien parfois une ligne ou deux, pour se donner bonne conscience ou pire… pour piéger les petits malins.
Elle ne nie pas que les heures de travail qui accompagnent le suivi de ses élèves, à son domicile, sont parfois longues et que c’est aussi pourquoi elle travaille tard dans la nuit, souvent, et pendant ses week-end, et ses congés.
Nad a toujours été consciente qu’elle avait encore beaucoup à s’instruire elle-même, et reste persuadée que c’est le goût d’apprendre qu’elle doit avant tout communiquer aux élèves, et puis leur donner des méthodes, des astuces, et surtout du plaisir dans l’apprentissage, de la satisfaction dans leurs succès, même quand les progrès sont minimes, chacun réussissant à la mesure de ses moyens. S’en sort-elle?
Et voilà, c’est reparti !
Nad sent toutes ces questions revenir encore et encore à son esprit, comme à chaque fois que la solitude lui pèse un peu. Pas étonnant que la lecture soit si difficile, ce soir !…
En face, dans la cheminée, le bois crépite, les braises sont luisantes et les flammes se disputent le terrain. Elle aime contempler le foyer qui lui semble être le théâtre d'un combat de folles lumières, tantôt bleues, tantôt vertes, et puis d’un beau jaune éclatant quand le feu a gagné ! Elle a dû mettre quelques bûches un peu trop vertes ce soir, une sorte de léger bouillonnement vient d’apparaître à l’extrémité de l'une d'elles. Il en sort de la sève mousseuse, on dirait la souffrance.
Elle ne peut détourner son regard de ce morceau de bois ; chaque goutte tombant sur la plaque de fonte, posée à plat dans le foyer, frémit avant de disparaître, ne laissant qu’une tache jaunâtre. Nad n’a pas froid, mais un léger frisson vient de parcourir son dos. Elle se lève, va se servir un fond de verre d’alcool et regardant sa montre, grimpe les escaliers pour aller embrasser les garçons et éteindre les lumières des chambres. C’est l’heure, maintenant ! Il n’y aura pas de protestations, elle le sait, la leçon de judo a fait son effet, comme chaque jeudi soir...
Elle redescend et, son verre à la main, va reprendre sa position préférée : recroquevillée sur le fauteuil le plus proche de la cheminée. Là, ses pensées naviguent à nouveau, comme dansent les flammes sous ses yeux.
Elle avale lentement une première gorgée : le whisky qu’elle vient d’acheter dans une superette, près de chez elle, n’est pas mauvais ! Ce n’est pas un pur single malt, bien vieilli dans les fûts de chêne des highlands, celui qu’elle préfère, mais il lui semble « lisse », son parfum est agréable et sa couleur digne des authentiques écossais. Non pas qu’elle soit une grosse cliente de cette petite bouteille, mais comme disent les copains, « elle ne crache pas dessus ! ». C’est tout à fait vrai, mais est-ce un défaut, se dit-elle ? Et puis, elle en a bien d’autres, elle sait très bien qu’elle n’est pas une sainte. Elle aime la vie, tout de la vie, et elle essaie de la remplir de petits plaisirs autant qu’il lui est possible ; elle se l’abrège peut-être un peu, puisqu’elle en est aussi arrivée à fumer plus d'un paquet de cigarettes par jour, mais après tout, on peut aussi mourir d’autre chose, et sans l’avoir prévu !
Elle allume une de ces blondes qu’elle veille cependant à choisir plus légères depuis quelques mois (parce que l’on peut se laisser influencer, somme toute, et parce que la peur, on peut vouloir l’ignorer, elle est quand même là, plus ou moins consciente).
La fumée est bien maigre, constate-t-elle, en soufflant une petite bouffée. L’émanation flotte, bleue, dans l’air muet de la pièce, tout comme Nad aimerait pouvoir flotter elle aussi , de temps en temps ! Il en va de la cigarette comme du whisky, la première aspiration est celle du plaisir, de la dégustation, c’est pourquoi elle la limite toujours à une inhalation lente, profonde, afin de mieux sentir la saveur du tabac couler en elle avant de rejetter l’air vicié et les toxiques.
Elle sait bien qu’elle s’empoisonne un peu ici et là, mais ce n’est pas du suicide... Elle aime seulement fumer, boire, manger, vivre quoi ! C’est ce qu’elle se dit, comme tous ceux qui veulent se rassurer ...
Pierre ne va pas rentrer très tôt. Il a quitté la maison depuis quelques jours pour suivre un stage de perfectionnement. Il aime énormément prendre des ailes et s'envoler du nid ! Il saisit donc volontiers chaque occasion de le faire.
NAD....suite
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...
Son conjoint est un inconditionnel du droit à sa liberté, et le rappelle souvent à Nad. Malheureusement, c’est souvent avec peu de tact qu’il lui impose cette indépendance , comme s’il se reprochait intérieurement ce manque d’équilibre personnel qui lui vaut des périodes de crises irrépressibles d’autonomie.
Il est enseignant comme elle, mais il s’ avère que Pierre, lui, ne se pose pas les mêmes questions quant à son métier. Il l’exerce avec ses propres convictions, mais paraît plus détaché qu’elle. Ce ne sont peut-être qu’apparences ! Il fait son travail avec sérieux, mais de façon plus désabusée, plus flegmatique, pense-t-elle. Ses méthodes pédagogiques sont aussi plus expéditives ! C’est un de leurs sujets de querelles parfois.
Oh ! il y en a bien d’autres. Leur couple, au fond, n’est qu’une succession de problèmes posés, et il faut lutter pour les résoudre au mieux, en faisant un minimum de dégats. Elle sait que bien des choses les unissent, ayant tous deux de nombreux terrains d’entente, mais ceux-ci ne suffisent plus à effacer les désaccords qui les secouent souvent, et parfois très durement. On ne peut pas dire qu’ils soient le genre: « union pépère, mes chaussons dans tes chaussons ». Nad s’inquiète bien souvent pour l’avenir. Mais la vie roule, ils sont tous les deux sur des rails, il leur faut avancer en acceptant les risques et mettre tout en oeuvre pour éviter le pire.
Ce dont elle est certaine, Nad, c’est qu’elle l'aime, Pierre, énormément ! Pourquoi ne la comprend-il plus?
Elle baisse les yeux sur son livre, ouvert à la même page depuis un bon moment. L’héroïne lui ressemble un peu, elle s’y reconnait et c’est sans doute ce qui l’a enthousiasmée dès les premières lignes. Elle relit le passage qu’elle avait parcouru il y a maintenant presqu’une heure, afin de se replonger dans le climat du roman. La lecture est une évasion qu’elle goûte de plus en plus, parce qu’elle a l’impression de se créer, ainsi, un autre monde.
Personne ne pourra changer l’image qu’elle s’est faite des personnages, il n’y a qu’elle qui donne ces couleurs-là aux paysages décrits. Oui, de cela elle est sûre ! Personne ne perçoit un livre comme, sans nul doute, le ferait son voisin. Cest la raison pour laquelle Nad le préfère à un film, qui est du « tout fabriqué », et dont on lui impose la peinture. Elle ne déprécie pas le travail des techniciens, metteur en scène, et artistes qui ont œuvré à son succès, mais elle a toujours, même après avoir beaucoup aimé un scénario et des décors, un léger sentiment de frustration. Elle n’aurait pas souhaité... « que le héros ait ce regard là, qu’on ait choisi ce lieu, que la femme soit si apprêtée, mais elle a adoré le fond de l’histoire qui l’a touchée, et pour lequel elle avait tenu à faire une infidélité à la lecture... ». Alors, bien sûr, elle est toujours terriblement déçue d’un film tiré d’une oeuvre qu’elle avait lue auparavant. Et,…bref ! ce n’est pas une cinéphile, elle préfère les livres.
Elle poursuit sa lecture, et pourtant ce soir elle est consciente de devoir y faire effort. Les phrases lui semblent parfois longues, elle les relit plusieurs fois. Elle s’interroge sur le sens qu’elle doit y donner. Elle s’arrête souvent…
Elle avale alors une gorgée et reprend à la ligne suivante, en jetant une allumette : elle vient de saisir une nouvelle cigarette. Si Nad veut bien insister, ces pages la conduiront dans un autre univers ; plus besoin alors de regarder sa montre aussi souvent, plus besoin de remettre sans cesse sa propre vie, ses problèmes, ses anxiétés à l’ordre du jour. Elle sait bien tout cela, la lecture lui a souvent nettoyé le cerveau, comme elle le dit. Et cependant, ce soir... elle se sent mal, lasse, un peu désemparée.
Est-ce le vent, la tempête, l’attente ?
NAD...suite
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Elle noie son regard dans les braises , maintenant. Nad a l'impression que les lueurs rouges vascillent de plus en plus à mesure qu’elle les fixe. Par moment, une espèce de chaleur l’envahit ; ses joues sont plus que tièdes désormais, et elle fronce les sourcils ne voulant pas désarmer.
Elle désire être éveillée pour le retour de Pierre...
Le whisky n’est plus qu’un petit disque de couleur au fond du verre. Elle écrase son mégot dans le cendrier qu’elle a transporté de pièce en pièce, tout au long de la journée, et qui pour l’heure est posé là, à portée de main, sur une tablette toute proche. Elle renverse la tête et, pour un instant, se laisse aller. Elle ferme les yeux...
Ils sont un peu douloureux ces jours-ci, elle ne porte pas régulièrement les lunettes qui lui ont été conseillées pour la lecture et le travail écrit..., peut-elle dire qu’il s’agisse de coquetterie ? Non ! Sûrement pas ! C’est plutôt une sorte de négligence, ou un refus presque inconscient des faiblesses d’un corps humain auquel elle fait une confiance aveugle et qu’elle ne ménage pas, c’est incontestable !
Elle se laisse aller, paupières closes, vers ce qu’on appelle la décontraction. Heureux, sans doute, celui qui connaît et pourrait lui apprendre ce qu’est la totale décontraction !
Car il y a toujours un éveil pour Nad : son genou plié qui s’engourdit, sa nuque qui se ressent d’une position inhabituelle, ces petits bruits de la maison qu’elle perçoit malgré ce vent qui ne cesse de forcir...
Selon elle, être parfaitement sereine serait ne plus rien voir, ne plus rien entendre, ne plus sentir son corps ; ce serait entrer dans le fond d’elle-même, là où pas même un point ne brille, dans un noir total intérieur qu’elle se fabriquerait, un vide profond derrière ses yeux clos. Elle voudrait cela, même pour un court instant, mais cela sur commande, chaque fois qu'elle en a besoin.
Il est vrai aussi qu’elle ne dort pas très bien, même lorsque, très fatiguée, elle rejoint sa chambre le soir pour trouver un repos souhaité.
Fréquemment, en réalité, il lui arrive de remanier ses cours la nuit, ou d’inventer tous les malheurs possibles s’abattant sur elle ou sur des êtres qui lui sont chers; elle se relève, elle « vit encore » la nuit, comme elle l'explique souvent. C’est une anxieuse, elle ne peut le nier, et elle se sent désarmée devant cette impression que jamais son esprit ne la laissera en paix. Elle fait la liste pour le super-marché, organise le lendemain, prévoit les embûches dans son emploi du temps..., en dormant ou ce qui pour elle ressemble à dormir. La nuit, bien trop souvent, signifie pour Nad se coucher et se retrouver dans l’obscurité après s’être unie à Pierre, (mais cela de plus en plus rarement), et pour de brèves périodes seulement, perdre un peu conscience...mais le moindre bruit l’éveille, toujours. Elle voudrait que son cerveau tombe un peu en panne.
Ah, incontestablement, rien de plus facile que de dire : « Mais pourquoi te soucier tant ? à quoi ça te sert de te poser tant de questions ? détends-toi ! » à celui qui n’a jamais connu cet état d’éveil presque permanent. (On lui a conseillé le yoga, elle est un peu sceptique, mais elle essaiera, peut-être). Et puis on lui deamnde si elle réalise « qu’elle est bien trop à l’écoute des autres aussi, qu’elle se crée des problèmes ainsi ? Il faudrait qu’elle apprenne l’égoïsme, sa générosité lui a pourtant joué bien des tours déjà ! Elle devrait avoir compris ! »
Mais l’égoïsme, on nait avec, sans doute, parce qu’elle, elle n’y arrive pas...Pierre, lui, ne la comprend pas, ne veut pas essayer, et ne s'en cache pas !…
Elle tend le bras lentement vers le paquet de cigarettes et, machinalement cette fois, en allume une autre. Nad sait qu’il arrive, ce moment où l’on ne peut plus parler de dégustation mais tout au plus d’occupation physique, aspirer, rejeter des volutes de fumée, crisper les lèvres à nouveau sur le filtre un instant, et remplir le cendrier...
Elle se sent épuisée désormais, et le calme intérieur de la maison l’emporte enfin sur tous les bruits venus de l’extérieur, sur les claquements des volets qu’elle commence à oublier...
C'est alors que la chaleur de l’âtre se fait plus lointaine... qu'elle entre dans un léger brouillard… qu'elle s’apaise un peu... que sa cigarette se consume sur le bord du cendrier...
Et… qu’elle a soudain l'impression d'entendre, venant de très loin, une sonnerie... puis plus nettement, une seconde... le téléphone !
Nad s'élance pour aller décrocher...
30-05-05
NAD...suite
vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005 : "écrire pour témoigner" - Allo !.. Elle est assise sur le rebord du lit. Nad s’est dirigée vers sa chambre, instinctivement, l’endroit où se trouve le plus proche récepteur. Comme elle se sent lasse... - Allo ! Madame Nadine Biesson ?… Elle croit qu’elle a dit oui, mais n’a pas entendu sa propre voix... - Ici la gendarmerie de H…, Madame. Nous devons vous informer que Monsieur Pierre Biesson... Elle n’entend plus cette fois, car une foule de bruits se mêlent dans sa tête ; et elle a terriblement chaud, brusquement ! La chambre tourne autour d’elle, Nad s’accroche à l’appareil... - Madame Biesson ! Vous m’entendez ?... Elle ne sait pas si elle a répondu à son interlocuteur... Quelle est cette brume dans ses yeux ? Les murs, tout autour d’elle, sont parsemés de petits points brillants qui tourbillonnent... Hopital... Rennes... Service des soins intensifs... - Est-ce si grave ? Comment a-t-elle pu prononcer ces mots, sa bouche ne s’est pas ouverte et sa gorge est si étranglée, ses lèvres si serrées... Sans attendre la réponse, elle murmure: - J’arrive !… Nad a raccroché. Elle est effondrée sur le bord du lit, et ne peut même pas pleurer, pleurer comme elle en aurait besoin ! Elle a si chaud, trop chaud ! Aussitôt, les idées défilent et s’entrechoquent dans sa tête : partir, il lui faut partir... Et les enfants?.. Il faut prévenir les voisins, emprunter un véhicule ... il faut peut-être rassembler des papiers... et puis non, ce n’est pas cela l’urgence... partir, il faut partir, se relever de ce lit... Ses voisins... une voiture... les enfants, ne pas les réveiller, ne pas les affoler… Elle roule maintenant , seule, sur cette route qu’elle a parcourue si souvent, et connait presque dans ses moindres détours, mais elle ne reconnait rien, pas un repère... Elle se demande, après avoir franchi chaque carrefour, si elle ne s’est pas trompée de direction. Elle ne veut pourtant perdre aucune minute, aucune seconde. « Pierre, comment est son visage ? pourvu que... ». La pluie tombe sans cesse, elle n’avait pourtant pas songé immédiatement à utiliser les essuie-glaces. Ce n’est qu’après plusieurs centaines de mètres qu’elle s’en est rendu-compte. « Mais où va-t-elle ainsi à cette heure de la nuit ? Que fait-elle sur cette route dans une voiture qui ne lui appartient pas ? Ce virage, comment l’a-t-elle négocié, elle ne l’avait même pas vu ! C’est une course folle, elle n’aurait pas dû partir toute seule ! Et puis, il n’y a jamais eu autant d’agglomérations à traverser pour se rendre à Rennes ! Où est-elle maintenant ? Combien de kilomètres encore ? » Elle n’a rien remarqué sur la route ; aucune trace d’accident ! C’est interminable. Les véhicules qu’elle croise sont énormes, et ceux qu’elle dépasse si petits, si fugaces... Mais comment est-ce possible ? « Pierre, pas lui ! jamais...soins intensifs, qu’est-ce que cela signifie?... Pierre ! » Elle sanglote à présent, et pourtant ne perçoit aucune larme sur son visage. Que se passe-t-il, son coeur est sec ! Elle ne sent plus ses doigts sur le volant ; et ses pieds, qui les commande ? Oui,Nad le sait,c’est bien cela... elle a peur ! Peur du visage de Pierre ! Elle le voit brusquement traverser son pare-brise. « Non ! » Nad freine brutalement ! Non ! C’est un cauchemar... Elle roule, et les lumières de Rennes se précisent maintenant; elle essaie de rassembler ses souvenirs, remettre de l’ordre dans sa tête : « il faut trouver le chemin le plus direct pour l’hôpital. Oui, voilà, trouver l’itinéraire le plus direct ! »
NAD ...suite
vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005 : "écrire pour témoigner"
Elle n’arrive pas à se concentrer. C’est vide ! Elle ne sait plus rien, elle roule, elle roule... Clignotant à droite, elle suit le boulevard, franchit le carrefour, et...les feux ? Elle ne se souvient plus, ils étaient verts ou rouges ? Clignotant à droite, à nouveau... Voilà l’entrée de l’hôpital.
Mais comment est-elle arrivée là ? Elle est absolument incapable de se souvenir du parcours, des rues traversées. Une barrière se soulève, elle s’approche, s’explique,... elle avance au milieu d’une allée large, très large, et qui semble mener si loin...
Qui la porte maintenant ? Elle marche vers le bâtiment que lui a indiqué le gardien. L'homme qui lui a parlé était sûrement un gardien, mais Dieu que sa tête était énorme derrière la vitre relevée!..
Et ce couloir à présent, quel étrange couloir ! Il n’y a aucune décoration aux murs, seules des lumières rouges et vertes, et des carreaux blancs, de grands carreaux blancs; et sur le sol aussi, des carreaux, mais où est-elle ? Il y a des carreaux partout ! On me parle ?...Pardon ?
Oui, c’est bien à elle qu’on s’adresse !
- Madame Biesson? Votre mari est au bloc opératoire, si vous voulez me suivre...
Nad ne dit rien, elle est incapable de prononcer une parole. Sa gorge lui apparaît telle un gouffre énorme, mais dont aucun son ne sort. Et d’ailleurs, quelle question pourrait-elle poser ? Elle n’a plus de cerveau, c’est terrible, elle ne ressent plus rien !
Elle suit un homme en blanc, démesurément grand; le couloir devient tout petit, elle entre dans une petite pièce... On a choisi de la peinture jaune, lui semble t-il, pour les murs,.. du jaune! Ca brille trop fort, tout comme cette lumière au plafond, là, au milieu ! Pourquoi tant de lumière ?
Un second homme entre, il a un costume sombre... ou quelque chose comme un uniforme de l’armée, un gendarme sans aucun doute.
Il tient des objets à la main et parlemente avec l’homme en blanc, tandis que Nad a le regard perdu dans le vague.
- Madame Biesson ?
(Encore ? Mais que me veulent-ils ? Je voudrais qu’ils me laissent tranquille.)
- Nous avons retrouvé ces objets près du véhicule : des clés, ..
(ah !.. Elles sont si grosses tout à coup, mais...)
- Oui, ce sont les clés de notre garage.
- Un classeur...des dossiers...vous les reconnaissez ?…( hum ! le stage ?... )
- oui, c’est possible...des document pédagogiques, sans doute...
- Et voici les papiers du véhicule et le porte-feuille de votre mari. Nous avons eu quelques difficultés à trouver votre numéro de téléphone. Il n’était noté nulle part. C’est pour cela que nous avons perdu un peu de temps, Madame !...Excusez-nous !… C’est un poids lourd qui lui a coupé la route en bas de la côte...
Nad a chaud brutalement, très très chaud. Une sueur froide coule dans son dos, elle se sent moite, la pièce tourne, tourne...elle part…
NAD ...suite
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(Les enfants, est-ce qu’ils dorment ?... Le feu n’est pas mort ? Non le feu n’est pas mort, les flammes tournent, tournent, mais elles ne luisent plus beaucoup... Le téléphone, pourquoi ?...)
Elle entr’ouvre les yeux. Elle est allongée sur le sol.
Deux énormes individus la fixent maintenant, elle en aperçoit un tout blanc, l’autre très sombre.
Mais qu’est-ce qui sonne dans sa tête ainsi, qu’est-ce qui sonne, qu’est-ce qui sonne ? Comme elle a froid ! Elle se sent très mal, et constate subitement qu’elle tremble,qu’elle frissonne d’une manière incontrôlable.
On la soulève, on l’assied, quelqu’un vient de poser une couverture sur ses genoux.
(Qu’est-ce que c’est ? Une couverture comme le dessus de lit ! Encore des carreaux !)
- Madame Biesson ? Madame Biesson ? ça va mieux... comment vous sentez-vous ? vous m’entendez ? Madame Biesson, Madame Biesson?
- Mad... son...?
(Mais où est-elle ? Que fait-elle là ? Que lui est-il arrivé ? Pourquoi cet infirmier ? ce gendarme ? ... Pierre, oh oui, Pierre…)
- Pierre ! lance-t-elle, dans un cri étouffé…
- Détendez-vous, Madame. Une infirmière du bloc doit venir dans quelques instants. Nous ne pouvons encore nous prononcer. Madame, gardez courage ! Son état est préoccupant, mais restez calme, soyez courageuse.
Elle fixe maintenant le mur qui lui fait face, et sur lequel il y a des fiches, des noms, des listes, et puis:
20h35- URGENCE - BIESSON PIERRE – Accident de circulation - blessures nombreuses - traumatisme crânien...fractures de…
Elle ne peut détacher ses yeux de cette fiche écrite au marqueur bleu. Il est maintenant 23h50 ! Traumatisme... blessures ?
Que c’est long !
03-06-05
NAD....suite
vous trouverez le début de cette longue histoire sur le post du 29/05 "écrire pour témoigner"
Elle articule :
- Son visage ?... Est-il blessé au visage?
Ce sont des pauvres mots, qu’elle s’entend balbutier du fond de sa peur. Elle est secouée de grelottements incoercibles.
- Ne vous agitez pas, Madame, patience...
(Mais pourquoi ne me disent-ils rien ?)
Elle fixe à nouveau le panneau mural face à elle et ce feuillet retenu par un aimant, un petit disque noir ; curieux, ce disque noir !
Exactement semblable à ceux qu’elle utilise en classe, sur les tableaux magnétiques, pour ses démonstrations de géométrie. C’est ainsi que tiennent les figures qu’elle découpe dans du papier cartonné.
Le collège… Ah ! Et ses cours demain ?.. Elle aurait dû prévenir !
Et Pierre, quand reprendra-t-il son poste ?
Elle est incapable, soudain, de distinguer si c’est bien un coeur qui bat si fort dans sa poitrine, ou si sa poitrine retient une bête infernale qui voudrait en sortir. Elle essaie d’apaiser cette lutte intérieure; Il lui semble qu’elle est très mal assise dans ce fauteuil, elle ne sent plus ses jambes...
Des bruits subits, venant du couloir, lui font alors tourner les yeux. Elle fixe la porte aussitôt. Cette porte est large, large, et c’est une très petite dame qui entre, elle est blanche également, son visage est curieux, grave, fatigué. Elle pose son regard sur Nad, Nad qui ne comprend pas: la femme ne lui dit rien ! Puis, elle va s’entretenir avec l’interne qui est toujours là, elle lance un bref regard aussi vers le gendarme qui désormais s’apprête à repartir, mais Nad, on ne lui dit rien...
Nad n’ose pas intervenir, elle a peur de demander si...
L’interne s’assied près d’elle :
- Madame, le maximum a été fait sur le plan chirurgical, il avait de nombreuses plaies, de nombreuses contusions, des fractures multiples et Monsieur Biesson est désormais dans un coma profond pour... Il faut désormais attendre... Il est dans une salle de soins intensifs, nous allons faire tout ce qui sera en notre pouvoir, mais il vous faudra beaucoup de courage, nous craignons...
NAD ....suite
vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005 : "écrire pour témoigner"
Nad se sent morte, elle diminue à vue d’oeil, elle rétrécit, oui c’est exactement ce qu’elle ressent: elle n’existe déjà plus . (Pierre, pas lui ! Il n’a rien fait, il n’a pas commis d’imprudence, non, pas lui !)
- Voulez-vous m’accompagner, venir le voir ?
Nad vascille, l’interne lui tend le bras, la petite dame l’encourage, relève son sac à main. Elle ne marche pas, Nad, elle glisse vers le vide, vers un précipice, vers le néant.
(Comme ce couloir est étrange ! Pourquoi n’y a-t-il plus son dessin sur le mur? Hein, cette reproduction de Folon qu’elle a peinte elle-même sur le mur, près de la cheminée ?… Nad, secoue-toi, où es-tu ?)
Le petit groupe s’arrête devant une très large porte, vitrée jusqu’à mi-hauteur, que la petite dame pousse lentement, très lentement... Est-elle si lourde cette porte ?
Ils entrent, mais sur quoi marchent-ils ?
Nad s’enfonce ; on croirait avancer péniblement sur du sable, peut-être, ou bien de la vase; elle a du mal à lever les pieds, ses chaussures sont si lourdes; elle les regarde, ses pieds, et elle voit aussi les sabots de l’interne, énormes ! Et les pieds de la dame en blanc, tout petits ! Nad n’ose pas lever la tête, tourner son regard vers le lit. La pesante porte s’est refermée !
Pierre, comment reconnaître son Pierre ?
Sa tête est pratiquement couverte de bandages. Elle a une envie folle et inattendue de rire, et tout à coup elle se souvient…l’homme invisible...(Pierre, arrête de jouer à cela, tu me fais peur, et tu sais très bien qu’il ne faut pas jouer à me faire peur !)
Elle s’approche de lui, et se demande si elle a ri vraiment ! Elle devient folle, folle !
Pourquoi tous ces tubes, il n’est plus que tubes et drains, relié de partout ! Cet écran ? A quoi sert-il ?
Elle gémit, et cette fois elle pleure des larmes vraies, qui coulent, qu'elle sent baigner lentement son visage ; elle se vide, ses hoquets font mal, sa gorge brûle, Nad souffre énormément....
Pierre, ... (Il ne me voit pas, il ne m’entend pas, je ne l’entends pas respirer. Son visage est tout meurtri, il a des rictus par instant, je suis sûre qu’il a mal. Pierre, je t’aime, je ne veux pas !)