vous pourrez retrouver le début de ce long récit sur le message posté le 29/05/2005  : "écrire pour témoigner"

Avril 1999

Un petit colis !
A l'intérieur, une carte rapidement rédigée.
Nad prépare son déménagement : Ar Bod est vendu.

Mon Do chéri,

Je suis submergée de travail.
Je t'écrirai plus longuement dans quelques semaines. Mais juge plûtot. Il n'y a pas vraiment de hasard dans la vie. Je viens de retrouver, en mettant mes souvenirs personnels en carton, ce petit "carnet intime" malheureusement bien jauni, que je te rends. T'en souviens-tu ?
Nous nous étions promis, (cela ne date pas d'hier, n'est-ce pas !), une amitié fidèle, à la vie à la mort. Et, pour sceller ce pacte, un jour, solennellement nous avions échangé ce qui nous paraissait être, alors, un trésor auquel nous étions particulièrement attachés. D'autres se seraient peut-être fait tatouer? Ou que sais-je encore ?
Je ne te le renvoie pas pour briser le lien qui m’unit à toi, mais au contraire pour te rappeler ta promesse, pour te rappeler ce vœu que nous avions fait de ne jamais nous lâcher la main, et surtout  de ne jamais abandonner nos batailles respectives.
C'est ainsi que tu dois être encore propriétaire d'un petit carnet scolaire appartenant à mon père, souvenir de ses premières années de classe, objet fétiche qui ne quittait pas le tiroir de mon bureau jusqu'à ce que je te le confie.
Te rappelles-tu cet échange ?
Dis-moi, as-tu continué à écrire ?
Tu as la chance de savoir t'exprimer aisément, et le pouvoir, grâce à ta plume, de dialoguer avec toi-même.
Je sais que tu vis des moments sûrement très pénibles, un épisode de ta vie où tu dois être pétri de doute et submergé par les angoisses de l'isolement. Surtout ne va pas croire que je te reproche ton silence, il t'est certainement salutaire, et en cela respectable.
Tu as la grande gentillesse de ne pas oublier ta bonne mère qui me donne d'évasives nouvelles de toi, de temps en temps. Elle faiblit, et je sais que les quelques signes de vie que tu lui donnes suffisent à combler ses attentes. Elle a toujours été ainsi, heureuse d'un rien.
Je te donnerai plus tard les détails de la vente de notre maison, de notre déménagement, de notre nouvelle installation.
Prends soin de toi en attendant, je t'en prie.

Tendresse, Nad.

Quel bouleversement, autour de si peu de chose !

Un envoi que j'ai laissé presque quinze jours en souffrance au bureau de poste du quartier, tant mon existence m'insupporte, tant je traîne lamentablement ma carcasse. Me présenter à un guichet relève de l'exploit. Je sauve à grand peine les apparences auprès de mes collègues et de la clientèle, désormais. Je les sens dubitatifs, cependant. Ils ne me voient jamais m'écrouler sur la table après un moment de bonne « java », comme cela leur arrive, à eux, parfois, je le sais. C'est plus grave que cela, dans le fond, pour moi. Et, embarrassés, ils me demandent souvent « ça va ? t’es sûr ? viens avec nous… »

Ils s'interrogent sur mon état de santé, sûrement, sur mon isolement et les conséquences probables de mon déracinement, mais…ne font pas plus de commentaires.
Les autres, ils sont toujours gênés "d' en  parler"  …